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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Présentation générale sur la justice - Partie IV - Le débat entre justice naturelle et justice légale

Chapitre précédent : Partie III - La loi

 

Justice-naturelle-justice-legale-philosophie.jpgDans l’Antiquité, les sophistes déclaraient que la justice tient tout entière dans les déterminations que l’homme en fait, avec la loi. Ainsi, ils s’opposent à Platon qui, suivant sa logique idéaliste, considère que le juste est une transcendance. La proposition des sophistes sera reprise plus tard par la pensée positiviste, avec pour doctrine le droit comme objet de science à la condition que tout jugement de valeur en soit exclu. Cette voie doctrinaire conduit à considérer une norme de justice comme valide à la condition d’être conforme à une norme qui lui est supérieure. Pratiquement, pour ce qui est du droit français, une loi est recevable si elle n’est pas anticonstitutionnelle, et c’est sur la base d’une loi reçue que le juge prononce son jugement. Mais cet enchaînement est critiquable car le positivisme juridique impute uniquement à la justice un accord institutionnel, écartant toute valeur. Le juste se retrouve circonscrit à une stricte application de la loi, et cette circonscription fait de la justice bien plus l’objet d’un contrôle de conformité à la loi que d’un jugement équitable. De plus, le positivisme est dangereux, car si la loi est injuste, rendre la justice en l’appliquant revient à produire des injustices, en interdisant notamment le droit de révolte qui est tout aussi important que le devoir d’obéissance. La défense adoptée par les criminels nazis lors du procès de Nuremberg, qui prétextèrent n’avoir fait qu’obéir pour justifier leurs crimes, illustre ce risque. Ainsi, il existe une conditionnalité dans le rapport entre le juste et la loi, qui si elle est respectée permet de dire d’un dispositif légal qu’il est légitime ou non. C’est sur ce principe que se développa l’idée d’une justice naturelle, une justice au-dessus de la loi des hommes et qui permet d’en juger la légitimité. La philosophie antique livra une approche cosmologique à ce propos, considérant que le juste est dans la nature, dans l’harmonie des choses et des êtres. La justice naturelle nous dit alors qu’est juste ce qui respecte l’ordre naturel. Mais encore faut-il connaître cet ordre des choses et des êtres ? L’observation physique est-elle suffisante ? Platon répond que seuls les philosophes sont habilités à observer pour restituer universellement ce que le monde leur révèle, et en conséquence à déterminer la place à tenir par les hommes pour être en harmonie avec le réel. Ainsi, être juste, c’est être à sa place au sein du cosmos, sans troubler un ordre préétabli. Platon rêve alors d’un roi-philosophe, qui gouverne et rend la justice sur la base de ses considérations philosophiques. Mais là-aussi, cette conception idéaliste présente des risques, et elle se fonde sur le postulat que la nature commande le juste, ce que contesteront la pensée moderne et la science. Qu’un homme seul, parce qu’il se déclare philosophe, puisse dire ce qui est juste ou non, et que cet homme soit à la tête d’un Etat, voilà une situation d’autorité favorable au totalitarisme. La liberté individuelle se trouve en effet être sacrifiée par le discours d’un ou de quelques individus reconnus comme sachant du fait de leur statut. Et même si le juste existerait dans la nature, qui peut dire être en mesure de le détecter. Le philosophe ? Le religieux ? Le scientifique ? Le politique, c’est certain, lui s’en déclarera apte, car la tentation est très grande de se proclamer clairvoyant pour asseoir son pouvoir. La justice n’a rien de naturelle, et s’en réclamer sous cette forme est dangereux pour l’homme. Les Modernes l’ont bien compris, la philosophie politique du XXVIIème tentant une nouvelle approche : une loi est légitime si elle est émise par un pouvoir lui-même légitime, c’est-à-dire accepté et reconnu par tous.

 

La suite : Dernière partie - Justice, représentation, liberté

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