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Chapitre précédent : Partie II - Le sentiment d'injustice
Le mythe de l’anneau de Gygès nous enseigne que l’homme est juste par contrainte. L’histoire nous raconte l’expérience d’un berger qui
un jour découvre un anneau lui permettant d’être invisible comme il l’entend. Conscient de ce pouvoir qui désormais lui appartient, il en use pour à son tour prendre le pouvoir, en séduisant la
reine et en assassinant le roi. Ainsi, le berger agit par intérêt, et non justement. S’il avait été foncièrement juste, l’anneau aurait été employé tout à fait autrement. L’instinct humain est
injuste, comme la nature peut l’être sans intention car elle n’est pas concernée par la justice. La définition du juste et de l’injuste est en effet du domaine culturel, et c’est la loi qui est
chargée de constituer un point d’équilibre pour l’organisation de la vie en société. La loi ainsi se place au-dessus des individus en obligeant chacun à la respecter. Elle est un socle permettant
de régler les différends entre les uns et les autres, et comme elle concerne tout le monde, un tiers peut s’interposer entre les parties pour régler le litige qui les anime. Ainsi, le jugement
s’écarte de tout élan passionnel, par référence à un texte commun et dont le respect est contrôlé par une personne en dehors de toute implication ou n’ayant aucun intérêt avec la chose jugée. Le
juste s’institutionnalise donc avec la loi, et celle-ci doit s’appliquer à tous, sans exception, car le moindre écart est le fondement de toute injustice. Il y a avec la loi un impératif
égalitariste, ce que nous dit Aristote dans Ethique à Nicomaque, « Le juste, donc, est ce qui est conforme à la loi et ce qui respecte l’égalité ».
Conformité et isonomie sont les conditions nécessaires pour l’établissement du juste, reconnu et reconnaissable par tous. Pour autant, le respect strict de cette conditionnalité est-il suffisant
pour s’assurer que tout sera juste ? Sur le plan institutionnel, en effet la justice sera juste si la loi est parfaitement appliquée et respectée sans écart, mais aussi avec une condition
supplémentaire, qui est l’esprit d’équité devant animer chaque juge de façon à ce que la justice ne soit totalement isolée de l’individualité, en tenant compte de la situation personnelle de ceux
qui sont jugés. Mais s’agissant de la morale, peut-on dire que ce qui est légal est forcément juste ? A l’évidence non, et l’histoire du XXème siècle rappelle que la plupart des crimes de
masse se sont inscrits dans un dispositif légal. N’oublions pas que c’est l’homme qui écrit la loi, et que cette écriture peut être l’objet de toutes les manipulations. La loi peut être injuste,
en annihilant par exemple en son sein l’égalité entre tous vis-à-vis du droit. Ainsi, le juste dépasse la loi, mais alors qu’est-ce qui le fonde si la loi est secondaire ? Une justice
naturelle ?
La suite : Partie IV - Le débat entre justice naturelle et justice légale
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