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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le Zéro et l'Infini - Un roman d'Arthur Koestler

Le-Zero-et-l-Infini-Arthur-Koestler.jpgDans un système totalitaire, le « je » n’est rien, tout au plus une fiction. Seul le « nous » compte. Le totalitarisme est une mathématisation du réel dont l’équation réduit l’homme à une constante : le zéro. L’être humain n’est ainsi plus qu’une unité sans visage d’un tout. La moindre aspiration personnelle est considérée comme subversive, voire contre-révolutionnaire. Roubachof, le héros du roman d’Arthur Koestler, Le Zéro et l’Infini, fait l’expérience du « je ». Lui qui fût un des principaux artisans de la Révolution, lui qui se donna tout entier au Parti pour l’évènement d’un nouveau régime, le voici maintenant dans les cachots du pouvoir, broyé par la machine étatique qu’il contribua à mettre en place. Roubachof était auparavant dans la logique totalitaire, absorbé par la nécessité historique dont il fût, avec d’autres révolutionnaires, le contributeur. La fin justifia tous les moyens pour révolutionner l’ordre établi. La fin justifie tous les moyens pour maintenir le nouvel ordre établi. Il faut éliminer toute contestation déclarée, ou soupçonnée. Le totalitarisme est aussi le règne du soupçon. Après tant de crimes et de souffrance, ceux qui ne connurent pas les premières heures révolutionnaires parce que trop jeunes, devenus depuis des apparatchiks, se persuadent que l’ancienne garde, les pères de la Révolution, ne sont plus d’aucune utilité et qu’au contraire, ils sont un danger. Ceux-ci en effet ont connu l’ancien monde et leur conscience peut les rattraper parce qu’ayant été sujette à des références morales. La Révolution pour se conserver ne peut supporter ce risque. La Révolution ne peut donc plus supporter Roubachof. Il est devenu contre-révolutionnaire aux yeux du pouvoir. Son nouveau statut s’inscrit dans la logique totalitaire. Broyé tant socialement que physiquement, il connaît pourtant le salut. L’expérience du « je » qui au départ n’était pour lui qu’une fiction grammaticale, cette expérience donc lui fait entrevoir cet infini que tout homme porte en lui. Roubachof de nouveau est un homme. Il finit par gagner contre ce qui l’a perdu.

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