Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Présentation générale sur la justice - Dernière Partie - Justice, représentation, liberté

Chapitre précédent : Partie IV - Le débat entre justice naturelle et justice légale

 

Justice-liberte-representation-philosophie.jpgHobbes fût très certainement le théoricien politique qui ouvrit la voie vers la pensée moderne, avec sa théorie sur le contrat social. Il change radicalement de perspective, en définissant la justice non pas comme une autorité s’imposant à tout le monde, mais comme un droit reconnu à l’individu. Ainsi, le droit n’est pas à répartir entre les hommes, comme si il était quantitatif donc limité. Selon Hobbes, les hommes ont un « droit de », et non un « droit à ». Ce droit est strictement le même pour tous, et aucune autorité supérieure ne saurait le retirer à quiconque. Par contre, à condition qu’il soit volontaire et fasse l’objet d’une contrepartie, le renoncement à ce droit est possible, et même nécessaire pour Hobbes. En effet, parce que naturellement «l’homme est un loup pour l’homme »,  l’individu doit céder une partie de ses droits à un tiers, représentant tout le monde, car il en va de la sécurité de chacun. Le contrat social est de ce fait la formalisation de ce renoncement par les hommes d’une partie de leurs libertés au profit d’un Etat, garant de leur préservation en les protégeant mutuellement les uns des autres. C’est cette autorité qui dictera les lois, et elles seront légitimes parce que l’autorité est acceptée et reconnue par tous. On en revient à nouveau à considérer que le juste est ce que dit la loi, et par conséquent les critiques classiques quant à une atteinte à la liberté individuelle et à l’autoritarisme accompagnent cette considération. Mais d’autres penseurs poursuivent le chemin ouvert par Hobbes, comme Rousseau. Celui-ci en effet tente de concilier le caractère forcément égalitariste de toute justice avec la liberté individuelle. Le compromis se tient selon lui dans la représentativité, c’est-à-dire que la loi ne sera ni inégalitaire, ni liberticide, à la condition qu’elle soit écrite par un corps institutionnel représentant ceux qui l’ont désigné. Ainsi, ce sont les représentants du peuple qui définissent le corps légal, et l’injustice se trouverait donc écartée car l’on n’est guère injuste avec soi-même. Seulement, les représentants sont élus en fonction d’une majorité, et non à l’unanimité. Qu’en est-il alors de la légitimité d’un texte décidée par les élus vis-à-vis de l’opposition ? C’est ici une limite du pouvoir législatif, que Locke tente de dépasser. Pour lui, des droits sont fondamentaux et s’appliquent quelque soit le régime en place. Ces droits, dont tout individu est bénéficiaire, sont atemporels, impersonnels, et inaliénables, même vis-à-vis d’une instance représentative et protectrice. Locke les énonce : liberté de circulation, de penser, de communiquer, de posséder ; droit à la sécurité, de résistance à l’oppression. DE ce fait, tout système, même représentatif, contrevenant à ces droits serait injuste. Selon Locke, l’homme et le respect de la personne sont au fondement du caractère juste de toute loi. L’Etat est au service de l’individu, et non l’inverse. La seule limite quant à l’exercice de ces droits fondamentaux est la liberté d’autrui, ce que propose Kant dans Philosophie du droit : « Est juste toute action qui permet ou dont la maxime permet à la liberté de tout un chacun de coexister avec la liberté de tout autre suivant une loi universelle ». L’égalité rejoint ainsi la liberté telle que définie selon des principes essentiels. Les individus disposent des mêmes droits fondamentaux, au service de leur liberté individuelle, sans distinction. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne dit pas autrement : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Chaque homme dispose d’un même niveau de liberté, dont la seule limite est le respect de la liberté d’autrui, et ce dès la naissance jusqu’à la mort. Il faut que la justice s’accorde avec ce principe, sous peine d’être injuste. Cette déclaration de principe est-elle pour autant suffisante pour s’y référer sur le plan pratique pour combattre toute injustice de fait ? Marx ne le pense pas, et estime d’ailleurs qu’il s’agit surtout d’une hypocrisie. La réalité est tout à fait différente de ce que prétendent les droits de l’homme. On peut toujours déclarer que les hommes sont libres et égaux en droit, ceci ne réduit pas d’autant le déterminisme social, qui crée des situations d’échec ressenti comme tel par ceux qui en sont victimes. A titre d’exemple, concernant le droit à l’instruction proclamé, ceux qui échouent peuvent se sentir responsables de ne pas avoir été en mesure d’exercer correctement leur prérogative. Ils oublient seulement que l’instruction, certes leur est due, mais qu’elle exige des moyens, matériels, sociaux, culturels, pour être reçue dans les meilleures conditions. Ainsi, pour Marx, il faut aller plus loin que la simple formule, et il propose que chacun puisse disposer de ce dont il a besoin selon ses capacités limitées. Mais cette proposition n’est possible que dans le cas d’une société suffisamment abondante pour répartir des richesses entre tous, et que chacun en soit satisfait. De plus, comment définir objectivement les besoins à satisfaire pour les uns et les autres ? Qui serait habilité à le faire ? Le XXème siècle nous apprend aussi que la collectivisation forcée conduit au drame.

 

La question du juste et de l’injuste n’est jamais close, comme le démontre les divergences entre les  courants de pensée qui se sont succédés dans l’histoire des idées. Et comme la justice est l’affaire de tous, le débat doit sans cesse être poursuivi, pour tenir compte aussi des évolutions sociales. Que la justice soit institutionnelle ou représentative d’une valeur, qu’elle soit d’ordre naturelle ou légale, elle impacte la liberté. Il lui faut donc être un compromis équitable entre les impératifs qu’impose toute organisation sociale et le respect des individus qui la composent, notamment pour ce qui concerne les droits élémentaires, comme d’être libre de penser et de juger.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

LM 10/09/2011 21:24


Il me semblait que Rousseau rejetait toute forme de représentation. La volonté générale ne se délègue pas.
cdlt