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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Albert Camus à travers son oeuvre, avec Le mythe de Sisyphe, L'Etranger, La Peste, ou encore L'Homme révolté

Camus-albert-mythe-sisyphe-etranger-homme-revolte-peste.jpgAvec Le mythe de Sisyphe, L’Etranger, puis Caligula, Albert Camus signe une partie de son œuvre sur le thème de l’absurde. Mais qu’est-ce donc que l’absurde ? Camus nous répond que c’est le lot de la condition humaine. L’homme est en effet le seul vivant à prendre conscience que le monde est silencieux, et que jamais celui-ci ne répondra à ses appels de raison. Avec la philosophie de l’absurde, Camus s’écarte radicalement de l’idée que l’être humain vit en harmonie avec le monde, qu’il s’y trouve plongé dans une parfaite adéquation avec ce qui est, à condition de se comporter adéquatement par référence avec le réel. Au contraire, l’homme est dans la nature mais il n’en fait plus partie, il ne lui appartient plus, comme l’arbre ou le chat que Camus prend pour exemple : « Si j’étais un arbre parmi les arbres, chat parmi les animaux, cette vie aurait un sens ou plutôt ce problème n’en aurait point, car je ferais partie de ce monde. » (Le mythe de Sisyphe). C’est en cherchant du sens à son existence que l’homme s’est dénaturé, car la nature ne lui répond pas, elle est muette. D’où ce sentiment de l’absurde, qui est le résultat d’une séparation de l’homme d’avec le monde. Ainsi, l’absurde n’est pas dans le sujet humain, ni dans le réel, mais il naît de leur rencontre, voire de leur confrontation : « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. » (Le mythe de Sisyphe). Ainsi, les choses ne répondent pas de ce qu’elles sont alors que l’homme les interroge. C’est en prenant conscience de ce silence qu’il ressent un sentiment d’absurde. Que lui arrive-t-il alors à cet homme de l’absurde ? Il peut se sentir étranger du monde qui l’entoure, jusqu’à le devenir à son égard, comme Meursault, le héros de L’Etranger, qui vit dans une indifférence totale la mort de sa mère, puis le meurtre qu’il commet sous le soleil et le jugement qui le condamne. Plus rien ne l’atteint car semble-t-il, Meursault a renoncé à vivre sa vie en se conformant sans sourciller à l’enchaînement des évènements qui rythment son existence. C’est une réponse à l’absurde, mais elle apparaît comme mauvaise, car c’est bien la mort qui vient en conclusion. Il y a une autre alternative, soit la religion, mais Camus la refuse également. Il la trouve en tout point illogique, la considère bien plus comme une fuite, comme un dénouement inacceptable, et il ne s’accorde avec sa dynamique doctrinale : « […] les doctrines qui m’expliquent tout m’affaiblissent en même temps. Elles me déchargent du poids de ma propre vie et il faut bien pourtant que je le porte seul. » (Le mythe de Sisyphe). Camus nous dit donc que l’absurde fait parti de la vie, et que chercher à le supprimer conduit à nier la vie, comme à l’extrême avec le suicide. Certes, en se donnant la mort, le sentiment de l’absurde disparaît, mais la vie avec…Il n’est donc pas question de plonger dans l’indifférence de soi, ni de croire en quelque chose qui n’explique rien, encore moins de mettre fin à l’absurde en programmant sa mort. Que Camus propose-t-il alors ? Il l’écrit, toujours dans Le mythe de Sisyphe : « Je tire aussi de l’absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté et ma passion. Par le seul jeu de la conscience, je transforme en règle de vie ce qui était une invitation à la mort – et je refuse le suicide. » Camus accepte donc l’absurde comme une destinée humaine, et il illustre cet accord en prenant pour exemple Sisyphe, héros de la mythologie grecque, condamné par les dieux à répéter à l’infini la même tâche. Pourtant, Sisyphe se satisfait de ce destin car il en prend conscience et ainsi il lui appartient, assumant cette propriété douloureuse avec lucidité et courage, ce qui lui permet de dépasser le malheur qu’il lui était promis. Sisyphe ne doit pas être considéré comme quelqu’un poussant indéfiniment un rocher, mais comme une personne lucide et courageuse, et ce quelque soit sa corvée. Camus va même jusqu’à nous proposer d’imaginer « Sisyphe heureux ». Ce bonheur, que l’on pourrait considérer comme absurde en pareille circonstance, n’en est pas moins établi, et cela parce qu’accord ne veut pas dire renoncement. On peut en effet considérer l’absurde comme une métaphysique, cela n’empêche en rien de vivre, bien au contraire. Il le faut d’ailleurs, tel est le message de Camus, et paradoxalement le sentiment de l’absurde nous y aide. En effet, le silence du monde ne nous donne rien à espérer, mais il ne nous contraint pas non plus au désespoir. La vie est là, et elle n’attend plus que d’être vécue, tout de suite, maintenant, car après il n’y a plus rien. La seule fatalité qui existe, c’est la mort. Mais avant qu’elle n’arrive, il y a l’existence. Camus refuse bien plus le poids de l’absurde sur la vie que l’absurde lui-même. Ce refus est l’objet de sa révolte, et il nous en précise la nature dans L’homme révolté : « Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. » Camus conseille donc d’affirmer la vie, et cette affirmation n’est possible qu’avec l’expérience, l’action, le sentiment, qu’il convient d’intensifier le plus possible. Il faut être révolté pour goûter pleinement la vie, et c’est en ayant conscience de l’absurde que l’on peut s’y tenir sans faille. Il s’agit d’une révolte personnelle, pour soi, dont la seule limite est le respect d’autrui. Camus en effet refuse la violence sur des innocents, et ce même en temps de révolution, pour une cause prétendue légitime. La fin ne justifie pas les moyens, car comme s’interroge Camus, qui ou quoi peut justifier la fin ? Camus préfère la révolte à la révolution, cette dernière conduisant bien souvent à une tyrannie de plus. Le docteur Rieux, personnage central du roman La peste, symbolise la révolte consacrée à la justice et à la solidarité entre les hommes. Le médecin s’acharne à lutter contre un mal qui pourtant le dépasse, afin d’aider les autres, comme Camus le fît en avertissant et conseillant celle ou celui qui le lit, avec lucidité et courage.

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