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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le travail sur la mémoire pour mieux vivre l'avenir

Devoir-memoire.jpgNous pouvons constater aujourd’hui une inquiétude partagée quant il s’agit de se projeter vers l’avenir. Il est bien plus difficile de nos jours d’envisager par exemple une carrière longue au sein d’une même entreprise, ni même avoir une certaine assurance du métier qui nous occupera notre vie active durant. Il en est de même en ce qui concerne la cellule familiale. Le oui prononcé à la mairie ou à l’église n’est plus aussi engageant qu’il ne l’était pour nos parents, ou grands-parents. Tout futur est certes incertain, l’a toujours été et c’est d’ailleurs ce qui le caractérise. C’est ce qui est devant nous et que nous ne connaissons pas. Cette inconnue est cependant perçue différemment selon les époques, et pour ce qui est de la nôtre, elle apparaît bien plus que par le passé comme une menace, une crainte de tout perdre ou une frustration anticipée de gagner si peu, et ainsi l’espoir se réduit d’autant. Parallèlement, le passé collectif n’a jamais été aussi présent, par un rappel régulier lié aux multiples sources d’informations à notre disposition, à un nombre croissant de cérémonies commémoratives, ou encore aux tentatives de vulgarisation de l’Histoire. Faut-il alors voir une corrélation entre la peur de l’avenir et une mémoire de plus en plus omniprésente ? Ne pas oublier, n’est-ce pas stériliser l’avenir ? Ou alors, existe-t-il un devoir moral, un impératif qui nous oblige à nous souvenir ? Sur cette question, une faute ne doit pas être oubliée. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit impardonnable. Il ne faut pas confondre oubli et pardon. Pardonner, c’est accepter de poursuivre une relation, de dépasser une blessure, sans pour autant nier ce qui a été commis. D'un point de vue collectif, le pardon doit s’accompagner d’un travail de mémoire consistant à comprendre comment les choses se sont déroulées, quelles ont été les conditions qui ont permis la réalisation de certains actes, ceci notamment pour éviter la répétition d’erreurs. Le XXème siècle par exemple fût particulièrement meurtrier, du fait de la prise du pouvoir par des systèmes totalitaires. Pour notre sécurité, les crimes commis par les différents totalitarismes ne sont pas à oublier, ils sont même à enseigner, et cela pour deux raisons. La première renvoie au respect que nous devons aux victimes, en se souvenant de l’injustice qui causa leur perte. La seconde consiste à comprendre comment des sociétés dites civilisées aient pu verser dans la barbarie, cette compréhension renseignant les générations futures pour s’en préserver.

 

Sur un plan individuel, tout oublier serait source d’incohérence. En effet, le futur est la continuité du passé. L’amnésie serait une rupture empêchant l’individu de se construire, et de créer. En effet, l’homme devrait sans cesse recommencer, et ainsi rien de nouveau ne serait établi, ou si peu. Mais sans aller jusqu’à une absence totale de souvenirs, il est possible qu’une mémoire par trop active soit paralysante, ou dégradante. La paralysie serait liée à la crainte de se maintenir dans l’erreur en agissant, et ce quelque soit la décision prise. L’attentisme est dans ce cas une parade de repli sur soi, pour avoir la certitude, en s’appuyant sur l’inaction, qu’aucune faute ne sera reproduite. Quant à la dégradation, il s’agit d’une perte d’estime de soi dont la source est un fait considéré par son sauteur comme une faute personnelle suffisamment grave pour qu’il soit ressassé, donc à maintenir le sujet dans une culpabilité contrariant son action. C’est ainsi une mauvaise conscience qui s’installe, une sorte de ressentiment dirigé contre soi. L’oubli est peut-être alors impossible, et donc il faut maîtriser ses souvenirs. Là-aussi, c’est le pardon qui est en mesure de restituer au sujet sa liberté d’agir, mais dans le cas présent, il est question de se pardonner à soi-même. Il faut extérioriser ce mal intérieur dont la mémoire s’est saisie, et ainsi un travail sur soi est nécessaire, consistant à réinterpréter les vestiges du passé qui assaillent. Une remontée à la surface s’impose, comme il en est question pour ce qui est de l’inconscient et qui blesse la personne sans qu’elle ne le sache. L’inconscient est en effet peuplés de souvenirs qui se sont fait oublier du sujet, mais ils lui appartiennent encore, et ainsi influencent son comportement. L’effort repose alors sur un transfert de l’inconscient vers la conscience, et une fois la conscience avertie, un travail de réinterprétation des faits peut débuter.

 

La mémoire nous engage tout entier dans l’existence. Elle est ce qui constitue notre identité, car nous sommes chacun le résultat de ce qui s’est passé, soient les souvenirs que chacun porte en lui et qui sont l’histoire du sujet. Mais nous ne sommes pas que ça ; nous sommes également en devenir. Et la mémoire est également ce qui nous porte, car nous décidons et agissons selon ce que nous avons déjà vécu. Ainsi, l’oubli est nécessaire, car sinon nous serions perdus dans une multitude de souvenirs sans intérêt, enserré dans un niveau de détail qui ne nous servirait pas. Il s’agit ici d’une disposition physiologique. Par contre, à l’opposé, des faits ne peuvent être oubliés. Leur gravité est suffisamment élevée pour que l’homme puisse échapper à leur souvenir, que ce soit consciemment ou non. Il peut s’agir d’un point moral, et dans ce cas le devoir de mémoire est impératif, à la fois sur le plan individuel et collectif. Ou il est question de refoulement ou de ressentiment contre soi, et alors il faut en sortir. Ainsi, même si la mémoire nous est donnée, elle exige un travail pour mieux vivre ce qui pour nous est d’ores et déjà devant nous, mais reste encore inconnu : l’avenir.

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didy 25/03/2011 09:59


Cet article est extrèmement intéressant, notamment au vu du travail que je prépare. Serait-il possible de me communiquer une bibliographie relative aux idées et concepts énoncés ici ou du moins les
noms des philosophes et auteurs adhérants à cette vision des choses ?
Merci d'avance !!