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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Présentation d'un concept philosophique : de la puissance à l'acte

Puissance-acte.jpgCe qui est en puissance correspond à une capacité non exercée, en sommeil. L’emploi de la puissance est le passage à l’acte ; ce qui était potentiel devient actuel. Cette distinction simple en apparence n’en suscite pas moins quelques interrogations. En effet, comment qualifier un fait, soit dire ce qui est, selon cet enchaînement ? Est-on en présence d’une faculté ou d’un acte, auquel cas le champ de responsabilité n’est pas le même ? La puissance induit-elle nécessairement l’acte ? Et peut-on identifier la puissance sur la base des conséquences résultant du passage à l’acte ? Ce qui est certain, c’est qu’il existe différents degrés de puissance. Je puis par exemple être capable de parler, soit d’émettre des sons de façon articulée. Est-ce pour autant que demain je me mettrais à parler le chinois bien qu’il ne s’agisse pas de ma langue maternelle ? Certainement que non, à moins d’avoir étudié dans ce sens. Dans ce cas, le niveau de puissance est suffisant pour un passage à l’acte immédiat. Mais à l’inverse, ce degré peut rester mineur et ainsi une faculté restera à jamais embryonnaire, donc ne sera pas exploitée. La puissance peut donc se passer d’acte, mais pas l’inverse, et cela indépendamment de la qualité de l’effet. C’est d’ailleurs toute la difficulté pour fixer le point d’achèvement du processus qui va de la puissance à l’acte lorsque le lien ne résulte d’aucune nécessité. En effet, qu’un bourgeon se transforme en fruit ne présente aucune complexité en matière d’interprétation, car il s’agit d’un lien organique dont le début et la fin sont parfaitement identifiés. Mais lorsque tout est possible entre la puissance et l’acte, la frontière est beaucoup plus trouble. Le risque est grand même de ne retenir qu’un raisonnement exclusivement rétrospectif, ce qui limiterait d’autant une analyse se devant pourtant d’être suffisamment élargie concernant la puissance initiale. Prenons l’exemple d’un fait historique pour illustrer cette limite. Comprendre ce qui s’est passé, en se concentrant exclusivement sur l’effet pour distinguer les éléments de causalité, revient à rétrécir le champ des possibles associé à toute puissance. C’est reconnaître implicitement une nécessité dans toute chose alors que la contingence jalonne sans cesse les affaires humaines. Connaître le passé uniquement sur la base des finalités entraîne une étroitesse de vue incompatible avec une analyse historique exhaustive. L’historien se doit de déterminer quels germes portaient en elle chaque époque, pour ainsi restituer cette dernière en totalité, même si rien ensuite ne s’est passé. D’ailleurs, la puissance n’est pas seulement tendue vers l’accomplissement. Elle peut aussi être source de disparition. Il serait donc malhonnête de réduire le passé à ce qui est advenu.

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