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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Morale ou politique...ou morale et politique

Morale-politique.jpgPlaton et Aristote considèrent que la politique et la morale sont confondues. Elles tendent toutes deux vers le bien, que ce soit sur un plan personnel ou collectif. Selon Platon, l’âme humaine se décompose en trois parties : la raison, le courage et le désir. Revient à la première de commander les deux autres. Pour ce qui est de l’organisation du pouvoir au sein de la Cité, la logique est identique. L’ordre social est construit selon trois piliers : le philosophe, soit celui qui sait par l’usage de la raison ; le militaire qui courageux défend la collectivité ; la population civile. Pour Platon, là-aussi, la raison est supérieure et ainsi elle doit gouverner militaires et civils. Le pouvoir doit donc appartenir au philosophe, seul habilité à déterminer ce qui est juste, car la philosophie selon Platon est la science du bien. Il s’inscrit ainsi contre la démocratie représentée par l’assemblée, parce qu’il estime qu’elle est un lieu privilégiant la rhétorique au détriment de la vérité. Aristote sur ce point se démarque de son maître. Il ne considère pas la philosophie comme une science du bien, et donc ne reconnaît pas de suprématie au discours philosophique dans le champ politique. Aristote préfère le débat à la pensée unique car selon lui, seuls l’échange et la contradiction produisent le vrai s’agissant du bien public, ce qu’un homme seul est incapable de faire. Il nous livre à ce sujet la réflexion suivante : « Mais la conception, suivant laquelle on doit confier le pouvoir souverain à la multitude plutôt qu’à une élite restreinte, peut sembler apporter une solution, défendable dans une certaine mesure et sans doute répondant à la vérité. La multitude, en effet, composée d’individus qui pris séparément, sont gens sans valeur, est néanmoins susceptible, prise en corps, de se montrer supérieure à l’élite (…) non pas à titre individuel, mais à titre collectif : c’est ainsi que les repas où les convives apportent leur écot sont meilleurs que ceux dont les frais sont supportés par un seul. » (Aristote – Politique III). Cependant, cette pensée antique, défendue par ses deux plus illustres représentants et fusionnant politique et morale, n’est-elle pas erronée ? En effet, la morale appartient à l’individu. Elle est en rapport avec l’exercice de la liberté individuelle. C’est aussi la pureté de l’intention qui permet de qualifier un comportement de moral ou d’immoral, et non les conséquences. Ainsi, la morale s’attache plus à une obligation de moyens, et non de résultat. Par contre, en politique, les conséquences importent plus que les déclarations. L’action politique est évaluée bien plus sur la base des effets qu’elle produit qu’en fonction de propositions. En outre, on peut faire preuve d’un grand sens moral au sein d’un système politiquement condamnable. Et inversement, une organisation politique vertueuse ne garantit pas la moralité de ses membres pris individuellement. Contrairement aux positions de Platon et d’Aristote, nous pouvons donc dire que politique et morale ne se confondent pas, et il est possible d’ailleurs de mettre en évidence une opposition entre les deux. C’est la position adoptée par Machiavel.

 

En 1513, Machiavel écrit Le Prince, qui restera son œuvre la plus célèbre, mais aussi la plus critiquée. On reprochera à l’auteur son cynisme, voire la représentation du diable chez celui qui s’ingénia à déterminer des règles de vie politique. Machiavel avait pourtant très bien compris qu’en politique, le résultat a une place prépondérante, et ce jusqu’à l’extrême. En effet, il faut selon lui abandonner toute considération morale pour prendre le pouvoir et maintenir cet état. Il n’exclut cependant pas la vertu de l’exercice politique, mais celle-ci est reléguée au niveau des apparences. Le souverain doit apparaître empli de vertu aux yeux de ses sujets, même si cela est faux. La manipulation suffit. Pour Machiavel, la morale conduit à l’échec politique, parce qu’il pense que l’homme n’est pas raisonnable. Seules les passions l’animent, et l’humeur fonde son action. Ainsi, il existerait selon Machiavel deux groupes d’individus : ceux qui veulent dominer, et ceux qui ne veulent pas être dominés. Il est donc impératif que la politique fasse preuve à la fois de force, pour contenir les uns, et de ruse, pour déjouer les pièges tendus par les autres. Il faut aussi, pour ce penseur italien, que le pouvoir soit plus craint qu’haï, car la haine épuise et menace. Les passions sont donc à flatter, au bon moment, selon les circonstances. L’art politique est également la faculté de tirer profit de l’éphémère passionnel. Rien n’est figé et le politique est tendu vers le mouvement.

Sans aller jusqu’à asservir les administrés, le pouvoir est aussi en charge de faire régner l’ordre public. Il peut dans cette mission se dégager quelques tensions entre politique et morale. Max Weber nous dit à ce propos que l’Etat est « l’instance qui a le monopole de la violence légitime. » (Max Weber – Le Savant et le politique). Mais s’il s’agit d’un monopole, qui plus est légitime, il doit être reconnu par l’ensemble de la communauté, laquelle se sent représenté par cette instance. Cette reconnaissance ne peut exclure toute moralité. Il existe donc bien, en dehors de tout système tyrannique, despotique, ou autre appareil écrasant l’individu, une conciliation possible entre la politique et la morale. Rousseau d’ailleurs prévenait que « Ceux qui voudront traiter séparément la morale et la politique n’entendront jamais rien à aucune des deux. » (Rousseau – Emile, ou De l’éducation).

 

La politique converge avec la morale pour ce qui est de fonder son action. Autrement dit, l’action politique s’inscrit dans le devoir, celui de sortir l’homme de son état de nature et en conséquence permettre l’institution et la préservation d’un Etat de droit, garantissant à chacun la liberté de se réaliser en tant qu’être humain et donc d’être un représentant de l’humanité. Il y a aussi un paradoxe que souligne Kant, mettant en évidence d’une part l’ « insociable sociabilité » de la nature humaine, d’autre part la solidarité qui s’installe dès lors que les hommes se réunissent en communauté. Celle-ci devrait pourtant être le choc d’intérêts personnels et passionnels, mais étonnamment, une symbiose se crée. La rencontre des passions génère certes de la violence, mais aussi de la modération. Kant s’expliquait cette bizarrerie par une ruse de la nature. Hegel, lui, préférait la ruse de la raison, en adoptant une approche transcendantale, soit la Raison universelle qui se sert des passions humaines pour construire l’histoire, en usant de Grands Hommes comme Napoléon par exemple, qu’il rencontra : « J’ai vu l’Empereur cette âme du monde – sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c’est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s’étend sur le monde et le domine. » (Hegel – Correspondance).

 

Sans parler de référence transcendante, nous pourrions dire que la politique est l’expression de la morale sur le plan collectif. La morale s’apprécie en effet dans les faits, tant individuellement que collectivement. Et comme l’écrivait Rousseau, il ne faut pas dissocier les deux. La loi, qui est garante de l’organisation et de l’ordre publics, est un produit de la politique, et pour qu’elle serve tout administré, elle ne peut s’exclure du champ moral. Si tel était le cas, l’immoralité alors deviendrait légale.

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tchoko 27/10/2015 12:59

merci. je voudrais comprendre la philosophie morale et politique contemporaine.