Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'Utopie par Thomas More

Utopie-Thomas-More.jpgL'Utopie est une contrée imaginaire dont Thomas More nous livre la description par le truchement de l'un de ses personnages. Tout y est différent de ce que son époque connaît et pour partie de ce que nous connaissons aujourd'hui. La propriété n'y existe pas. Rien n'appartient à personne ou plutôt tout est à tout le monde. Ainsi, à défaut de ne pouvoir détenir quoique ce soit, le vol et la jalousie n'ont pas cours car sans objet. Ce qui n'empêche pas chacun d'être responsable, en usant de sa force de travail et des talents qui sont les siens, de participer aux efforts de la collectivité pour subvenir aux besoins de tous. Cette collectivisation est cependant vouée à ne produire que le strict nécessaire, à quelques réserves près pour pallier certaines insuffisances imprévisibles. Quel serait d'ailleurs l'intérêt de consacrer le temps des hommes à créer du superflu dans une société où l'envie et le paraître n'y ont aucune place. Les utopiens n'accordent en effet à leur apparence qu'une attention uniquement utilitaire : l'hygiène et un usage vestimentaire minimaliste, suffisant et adapté aux gestes du quotidien. Aucun effet de mode ne vient donc frustrer quiconque qui n'aurait pas les moyens d'y participer. La beauté n'exige aucune richesse matérielle. Elle se laisse simplement contemplée par celui qui ouvre son esprit et son coeur. La société utopienne d'ailleurs ne s'y trompe pas en accordant à chaque citoyen un espace de liberté lui permettant de s'adonner à la réflexion et ainsi satisfaire sa faim spirituelle. Tout individu a la possibilité durant toute son existence d'apprendre, sachant qu'il ne peut y être contraint. La soif de culture n'est pas naturelle. Il serait donc inopportun de contraindre ceux qui affichent des prédispositions plus aux mouvements du corps qu'aux jeux d'esprit dont les règles leur restent hermétiques.

En Utopie, toute activité est respectable à condition qu'elle n'enfreint pas la loi. A ce titre, la législation utopienne se distingue par sa simplicité, tant en volume que d'un point de vue qualitatif. La loi en effet tient sa raison, qui lui vaut d'être véritablement l'expression d'une volonté générale de coexistence préservant la singularité, à condition d'être accessible à tous quant à sa lecture et suffisamment concise pour être comprise dans sa globalité. La loi ne peut pas céder à des pulsions ésotériques car sinon la voie serait ouverte à l'injustice et à la déresponsabilisation.

La justice accomplit également son office en Utopie. La condition humaine en éprouve le besoin, surtout dans un monde égalitaire. Le hors-la-loi est donc punissable. Il devient un esclave. Les utopiens ne lui refusent pas cependant la rédemption, à condition qu'elle ne soit pas uniquement ostentatoire. Le coeur doit reconnaître les fautes commises et convertir l'esprit à la vertu. Telle est l'exigence requise par la justice utopienne pour que le condamné puisse un jour voir ses chaînes brisées, lesquelles d'ailleurs sont en or. Les utopiens n'attachent en effet aucune valeur à ce métal doré car un monde utilitariste privilégie l'abondance d'une ressource au culte de la rareté. Autant donc réserver ce qui est diffiçile à extraire à ce qui n'est pas ordinaire.

Dieu enfin n'est pas exclu de la culture utopienne. Il est même recommandable de croire que la création tient son origine d'un office divin. Toute autre conception serait une position impie, une provocation. L'Utopie s'est néanmoins faite l'économie de tout clergé et de tout dogmatisme contraignant l'individu dans la peur et la superstition. Les hommes sont tous égaux durant leur existence. Il n'y a aucune raison qu'il en soit différemment une fois le rideau définitivement tombé.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article