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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Un roman français - Un livre de Frédéric Beigbeder

Roman-francais-beigbeder.jpgDerrière chaque livre, il y a une femme ou un homme. Il peut y avoir aussi un enfant qui s’est perdu une fois devenu grand, une fois adulte dit-on, comme s’il fallait qu’un cumul des ans entérine systématiquement la fin de l’enfance. On peut pourtant être vieux sans être totalement adulte, avec une âme d’enfant qui ne s’est jamais totalement évanouie. On peut aussi être un homme qui a oublié qui il était, petit, ou moins grand, et qui ainsi ne comprend pas ce qu’il est devenu. Quelques souvenirs éparses attestent qu’il n’est pas né adulte, mais ils sont trop fragiles pour fonder une histoire. Frédéric Beigbeder est de ceux-là. Il ne se souvient plus, ou peut-être ne veut-il plus se souvenir. Se remémorer qui l’on était, c’est aussi se regarder dans un miroir pour voir qui l’on est. L’enfant s’adresse à l’adulte, d’un air interrogatif, pire d’une mine compatissante lorsque l’homme n’est pas devenu, non pas ce qu’il s’était promis car l’enfant ne se perd pas dans des promesses d’avenir, il vit instantanément, mais plutôt celui qu’il croît vouloir être au moment où il s’observe. Il n’empêche qu’il faille parfois reconstituer le chemin entre les deux âges, pour avancer un peu plus loin. Besoin de savoir tout simplement qui l’on est vraiment. Frédéric Beigbeder nous invite, dans Un roman français, à le suivre sur son chemin. Cette invitation est sincère car il se livre avec beaucoup d’honnêteté, et en même temps il pend à témoin ses proches pour nous instruire sur l’évolution de la famille depuis l’après-guerre. Beigbeder nous renseigne également sur l’influence que peut avoir un frère plus âgé dans le devenir d’un homme, jusqu’à penser que Freud s’est trompé. Il nous dit en effet que ce n’est ni la mère, ni le père, qui est à l’origine de tout, mais celui qui se trouve être à nos côtés sans que ni l’un ni l’autre ne soient concertés pour vivre ensembles. Il faut faire avec, dirions-nous un brin fataliste, mais c’est parfois bien plus que cela. C’est toute une existence qui se trouve engagée et conditionnée avec cet autre qui ne fait rien comme tous les autres, ceux-là même qui ne sont pas des frères mais que l’on aurait tant aimé qu’ils le soient.

Se souvenir de soi, c’est également une nécessité pour transmettre. On reçoit quelque chose à un instant donné, un conseil, un enseignement, une marque d’amour, et l’on souhaite que ce don perdure. Avec la transmission, on touche à l’éternité, on en prend un morceau au présent, pour le donner à celle ou celui qui nous succède. Mais l’on ne peut donner que ce que l’on a reçu, à condition de s’en souvenir. Frédéric Beigbeder a bien bénéficié de quelque chose et maintenant il s’en souvient. Il est prêt à donner et l’on est ravi qu’il le fasse, après qu’il nous ait si sincèrement fait partager ce qui lui est le plus intime, soit l’enfant qu’il était.

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