Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Mémoires d'un tricheur - Un roman de Sacha Guitry

Sacha Guitry nous invite dans ce roman à parcourir quelques univers du jeu. Le héros, dont la chance l’a écartée d’un drame familial, puis l’a épargnée d’une mort certaine dans la furie de la Grande Guerre, devient d’abord un employé au service de la martingale pour ensuite s’y adonner. Au contact du jeu, il cède à l’appel du gain, pour s’y abandonner totalement en devenant un tricheur. Il se croît alors joueur, ce qui dure un temps avant de rencontrer celui qui l’arracha des griffes des tranchées. Au contact de cette personne, il s’aperçoit qu’il n’est en fait qu’un technicien usant bassement de la fraude et de la manipulation. Aucune comparaison donc avec celui qui joue car celui-ci ne triche pas. Le gain, qui motive le truqueur, ne l’intéresse pas. Ce qui anime le joueur, c’est de limiter le hasard à une simple expression sous la forme d’un lancer de dés ou de quelques tours de roulette. Ainsi, il lui est alors possible de défier l’impondérable qui ponctue l’existence. Le joueur est en quelque sorte un aventurier qui circonscrit l’incertain afin de l’approcher et s’y confronter à hauteur des paris qu’ils acceptent en contrepartie. Peu importe la moisson si la bonne fortune lui sourit, hormis d’accroître sa capacité à affronter plus longuement le sort. Seuls comptent ces instants, qui débutent une fois la couleur ou le numéro choisi et se conclut lors de l’annonce du résultat, instants donc durant lesquels le hasard se matérialise et devient alors un adversaire personnifié. La victoire n’est pourtant jamais acquise car le hasard renaît à chaque fois que le joueur le défie, jusqu’à ce dernier se perde dans un espace qu’il pensait transcendant et qui n’est en fait qu’une simple loterie. S’agit-il peut-être dans cet ouvrage d’une métaphore de la condition humaine dont les parfums d’absurdité odorent notre conscience.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article