Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Les racines du ciel, un roman de Romain Gary

Racines-du-ciel-gary.jpgDans un monde où le matérialisme a vaincu l’idéalisme sans renoncer à la puissance idéologique, où la technique s’insinue chaque jour un peu dans le quotidien des affaires humaines, où l’utilitarisme prévaut sur tout le reste, y’a-t-il encore de la place pour ce qui est mais ne sert à rien sur un plan strictement utilitaire ou politique ? Les éléphants par exemple, sont le symbole d’une manifestation de la nature qui présente tout de l’anachronisme devant cette machinerie qui tente de mécaniser l’existence. Les éléphants, par leur taille, leur corpulence, dérangent, car on ne peut pas ne pas voir cette liberté qui s’ébroue dans la faune africaine et qui correspond si mal aux mécanismes dans lesquels le monde moderne voudrait contenir le réel pour le maîtriser toujours plus. Les éléphants, se sont aussi pour les hommes riches, l’ivoire et l’argent que cela représente. Les éléphants, se sont également pour les hommes pauvres, un réservoir de nourriture, ou encore pour les superstitieux l’objet de quelques imaginaires. Le progrès et les pratiques ancestrales, même s’ils sont antinomiques, conduisent à la même issue : les éléphants sont faits pour disparaître de la surface du globe, et rien ne semble pourvoir stopper cette fin devenue inexorable. Rien, sauf une chose : la marge d’humanité. En 1956, Romain Gary publie Les racines du ciel, et c’est de cette marge dont il est question. Qu’elle est-elle ? C’est ce plus qui fait de l’être humain un homme, soit quelqu’un capable de dépasser la nécessité, y compris celle dont il est l’auteur, contre toutes les pressions matérialistes, progressistes, financières, religieuses. Cette capacité exige de l’idéal, et non de l’idéologie, ce qui anime le héros de Romain Gary, Morel, un français parcourant le Tchad pour la sauvegarde des éléphants. Celui-ci sera néanmoins accompagné par des idéologues entrés dans la clandestinité pour faire de l’Afrique ce que leur idéologie leur commande. Morel ne cède pas devant eux, soutenu qu’il est également par une femme, une berlinoise qui a connu les affres de la dernière guerre mondiale dans une ville en ruines. C’est tout un symbole qu’après le conflit le plus meurtrier de l’histoire, Berlin meurtri soit associé à une aventure africaine dont l’avancée se déroule dans le berceau de l’humanité. Ce combat pour les éléphants, donc pour la nature, est comme une renaissance de l’homme par l’affirmation de cette marge qui le caractérise. Romain Gary, avec Les Racines du Ciel, pousse un cri de révolte contre le nihilisme et signe l’une des premières œuvres écologistes.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article