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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le portrait de Dorian Gray par Oscar Wilde

Le-portrait-de-Dorian-Gray.jpgL’âme et le corps sont-ils dissociables ou au contraire forment-ils un tout indivisible que l’on nomme l’être ? Le physique peut-il ignorer la volonté ? Ou à l’inverse l’esprit est-il dégagé des affects et des passions ? Nos actions et nos comportements marquent-ils profondément notre physionomie jusqu’à considérer que celle-ci soit un miroir de notre âme ? Sur cette dernière question, il est en ainsi pour ce qui concerne le héros du roman d’Oscar Wilde, Dorian Gray. L’auteur nous livre un personnage dont la beauté est exceptionnelle et qui par ailleurs prend conscience, par l’entremise d’une connaissance, de son caractère éphémère. Qu’il puisse un jour voir ses traits si fins et charmants n’être plus que des cicatrices profondes témoignant du temps écoulé est une perspective qui lui est insupportable. L’art vient cependant à son secours grâce à un ami peintre qui réalise son portrait et fixe ainsi sa beauté. Sauf qu’une incantation prononcée par Dorian Gray a pour effet d’inverser les rôles lorsque celle-ci de façon inexpliquée se réalise. Le portrait alors n’est plus immuable en se transfigurant peu à peu au gré des agissements du sujet représenté. Ce dernier par contre conserve un visage angélique ne souffrant pas de ses déviations motivées par un hédonisme éhonté auquel il s’adonne aisément. Dorian Gray traverse ainsi plusieurs années entre les salons bourgeois et les bas-fonds londoniens. La vilenie et l’égoïsme qui le caractérise dans sa quête du plaisir n’affecte que celles et ceux qu’il croise sur sa route et laisse de marbre ses observateurs abusés. Personne en effet ne peut imaginer que derrière une figure d’ange se cache les plus sombres forfaits. Cette perception décalée entre une posture et les agissements n’est pas uniquement une intrigue romancée. Il s’agit également d’une métaphore dénonçant les travers de la haute-société anglaise qui se complait, en cette fin de règne victorien, dans la sournoiserie et le snobisme. Cette société adulera Oscar Wilde en lui reconnaissant le génie littéraire mais se délectera par la suite de sa déchéance lorsque les tribunaux le condamneront pour son homosexualité affichée. Le destin de Wilde est en quelque sorte similaire à celui de son héros, à savoir une existence encensée qui peu à peu se consume dans l’abandon. A contrario, une œuvre d’art, parce qu’elle est reconnue comme telle, s’inscrit pour l’éternité.

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