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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le mépris - Un roman d'Alberto Moravia

Le-mepris-bardot-godart.jpgL’amour supporte très mal les malentendus. Les équivoques, lorsqu’elles s’installent puis perdurent, consument une relation amoureuse. Aimer, c’est comprendre à l’unisson. Désaimer, c’est s’écarter de cette compréhension réciproque, écartement qui va parfois jusqu’au mépris. Alberto Moravia, dans son roman Le mépris, nous décrit une lente dissension qui fissure un couple. Emilie, l’épouse, a aimé son mari, Molteni. Désormais, elle le méprise. Elle est passée d’une extrémité à l’autre sans que son époux se soit aperçu du chemin dangereux qu’elle empruntait. Leur relation est condamnée car son mépris est indépassable. Aucun acte en effet ne le justifie. Emilie méprise dorénavant celui avec qui elle partage sa vie depuis plusieurs années. Voilà tout. Molteni essaie pourtant, dans une plongée introspective qui est le fil conducteur du roman, de comprendre la répulsion de sa femme à son égard. Il échoue, esseulé comme sur une plage déserte. Le couple est aussi une union mystérieuse dont les soubresauts ont des causes parfois impénétrables. Il peut très bien, sans raison apparente, se distendre. Ce mystère n’a pas d’âge, comme en témoigne l’objet du débat entre Molteni et un autre personnage du roman à propos de la relation entre Ulysse et Pénélope. L’Odyssée n’est-elle pas en effet un subterfuge employé par Ulysse pour ne pas rejoindre sa femme, parce que celle-ci le méprisait déjà avant son départ pour la guerre de Troie ? Ou alors, l’union d’Ulysse et de Pénélope est pure, sans arrière-pensée, ni bruit, tout juste contrariée par des éléments extérieurs ? Tout ici est question d’interprétation, comme pour le couple. Le sentiment provoque l’union et la poursuit, puis vient un temps d’observation entre les deux amants où l’intellect s’inscrit bien plus dans la relation. C’est peut-être ce temps durant où toutes les interprétations sont possibles et les plus personnelles. Si celles-ci ne coïncident pas et se poursuivent sans frein, il arrive un moment où tout est joué. Il est alors trop tard. Le mépris a chassé l’amour.

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