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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le meilleur des mondes - Un roman d'Aldous Huxley

Le-meilleur-des-mondes-Aldous-Huxley.jpgQu'en serait-il d'un monde exclusivement matérialiste ? Serait-ce le meilleur, pour reprendre le titre du roman d'Aldous Huxley ? L'homme peut-il s'exclure de tout idéal, de valeur, pour guider son existence ? Huxley répond que non ; il lui faut bien une direction pour avancer. Mais sur une terre où la matière l'a emportée sur toute spiritualité individuelle, tout est fabriqué, y compris le sens de la vie. Pour ce faire, Aldous Huxley nous livre les conditions : d'abord la famille est bannie, car la cellule familiale est capable de distiller quelques valeurs pouvant contrarier l'emprise matérialiste. Ainsi, la filiation est rejetée, la femme n'enfante plus. L'espèce humaine ne se reproduit plus par voie naturelle mais de façon industrielle, selon un procédé technique. La maternité est considérée dans tous les esprit comme un fait dégradant, avilissant. Ensuite, l'éducation est remplacée par le conditionnement. Chaque nouveau-né est intégré dans un processus où sont prononcées, comme une litanie, les bonnes moeurs de la société, de façon à ce que chacun s'y conforme. Les messages énoncent essentiellement les deux commandements suivants : chacun appartient à tout le monde, et il est interdit de ne pas jouir. L'individualité est donc annihilée. La personne appartient dans sa totalité au corps social. Quant à la jouissance, tout désir doit être satisfait. Mais il ne s'agit pas d'une prérogative passionnelle, plutôt d'un mode de consommation. En effet, la passion est dangereuse car l'on ne connaît pas ses limites. Son effusion est susceptible d'altérer la stabilité de tout système. Le sentiment peut déborder entre le moment où le désir naît et celui où il est satisfait. La colère, la révolte, germent durant cet intervalle si celui-ci se prolonge, ou perdure à jamais. Le meilleur des mondes propose donc de satisfaire au plus vite et de façon encadrée les envies, notamment au sujet de la sexualité. Mais comme l'homme est incorrigible sur le plan émotionnel, qu'il lui arrive toujours d'avoir des états d'âme ne pouvant être maîtrisés collectivement, la société lui donne les moyens, l'oblige d'ailleurs par voie conditionnée, à absorber une substance anesthésiante. La passion est ainsi mécanisée, industrialisée, tout comme l'ordre social et professionnel. En effet, le travail est également une menace de débordement. La prise d'initiative, de décision, la rencontre de difficultés, les problèmes résolus, nourrissent l'esprit d'indépendance et la critique. Cette perspective n'est pas supportable pour un régime globalisant. Il faut donc que l'homme soit un rouage d'une machinerie gigantesque, ce qui nécessite que tout individu est affecté à un poste donné sans qu'il lui soit possible d'en sortir, en ne sachant rien faire d'autre et en étant programmé à ne rien désirer quant à son emploi. Ainsi, dès sa naissance, l'homme est affecté à une fonction, et aussi à une classe sociale selon le degré de technicité de la tâche qui sera la sienne sa vie durant. Sans famille, ni considération individuelle, repus immédiatement dans la limite de ce que la société lui fait accepter, drogué lors que la passion s'infiltre, l'être humain est maîtrisé, et dit civilisé. Il ne lui reste plus qu'à être heureux, en consommant toujours : tel est le sens fabriqué dans le meilleur des mondes. Une contrepartie ? Certainement une : la fin de l'humanité. Privée de liberté individuelle, obéissant sans condition à la collectivité, déterminé jusqu'à la fin de ses jours, incapable de se dépasser, l'homme n'est plus très loin de l'animal.

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Luna 25/06/2011 08:39


Je n'ai jamais vu le film mais j'ai beaucoup apprécié le livre !

Je trouve ça flippant d'imaginer qu'on aurait pu être comme ça, ou que des générations futures puissent le devenir...

Comme quoi la perfection n'a pas toujours que du bon ! En tout cas c'est un livre qui nous fait réfléchir !

Si ça t'intéresse, je viens de publier mon avis sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)

Bonne continuation !!


Jefka 25/06/2011 09:18



merci Luna pour ce commentaire


je m'en vais sur ton blog


à bientôt