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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le liseur - Un roman de Bernhard Schlink

Le-liseur.jpgHanna, face à ses juges, pose cette question : et vous, qu'auriez-vous fait à ma place ? Le personnage du roman de Bernhard Schlink fût gardienne dans un camp de concentration nazi et peu de temps avant la fin du conflit mondial, elle se fait complice par sa passivité d'un acte de sauvagerie. C'est pour cette raison qu'elle se retrouve devant la justice de son pays quelques années après l'anéantissement du troisième Reich. Sa défense devant la Cour est chaotique jusqu'à ce qu'elle choisisse d'interpeller le président du Tribunal en le questionnant sur l'attitude qu'il aurait adopté s'il s'était trouvé à sa place. En agissant de la sorte, Hanna met surtout en avant la responsabilité de l'individu lorsqu'il est pris dans un système collectif voué à la barbarie. La société allemande fût en effet conduite par des loups qui plongèrent le troupeau dans les ténèbres. Hanna comme tant d'autres s'abandonna au drame qui se préparait. La résignation n'est cependant pas un délit et la désobéissance civile encore moins un acte spontané. Hanna, en interrogeant un seul homme, s'adresse pourtant à tout le monde, notamment aux jeunes gens, ceux qui n'ont pas connu ou très peu l'agonie d'un monde civilisé. Quelle aurait-été notre façon d'agir si nous-même avions été précipités dans ces heures sombres de l'Histoire ? Que pouvait-elle faire, elle, simple citoyenne ordinaire dans un environnement où tout s'écroulait ? Happée par la fureur ambiante, elle ne sût s'opposer. Peut-être n'en avait-elle pas la stature, ni l'envie, sans être pour autant fanatisée par le national-socialisme. Emportée par les évènements, le courant l'amena là où seule, elle ne serait jamais allée en temps de paix. Hanna essaie donc de se poser en victime, bien qu'elle ait commis l'irréparable, non par conviction mais de par sa fonction. Elle n'eût à aucun moment l'ouverture d'esprit suffisante pour contrevenir aux ordres et prendre l'initiative d'un acte d'humanité. Lorsque tout n'est qu'enfer et brûlures de la terre, la lumière peut être bien trop diffiçile à entrevoir. Soit le courage est dans les trippes et peu importe que l'esprit soit ou non éclairé, soit l'idée l'emporte sur tout le reste et alors s'allume la flamme de la résistance. Hanna n'est certainement pas courageuse. Elle n'est pas non plus éclairée. Elle est analphabète, ce qui n'excuse rien mais la déssert. Sa vie, en plus d'être prise dans un étau, est également l'histoire d'une honte personnelle. Il est insupportable pour Hanna qu'elle ne sache ni lire, ni écrire, et toute son existence est une fuite pour soustraire son illétrisme au jugement des autres. Cette échappée est sa préoccupation essentielle, plus forte que tout, jusqu'à être maîtresse de son sort. En effet, reconnaître lors du procès son analphabétisme lui aurait permis de rétablir la vérité sur l'étendue de sa responsabilité quant aux actes qui lui sont reprochés. Mais la fierté l'emporte et elle se laisse condamnée à une peine plus lourde que son forfait ne l'exigeait.

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Luna 20/03/2011 11:04


Je trouve que "le Liseur" est réellement un livre magique : Bernhard Schlink sait si bien parler des sentiments, c'est incroyable !!

L'histoire en elle-même peut être assez dérangeante (vision personnelle) : le nazisme et l'amour "différent" gène beaucoup de personne... Mais c'est fait avec une telle beauté des mots que ça passe
tout seul ! (ce qui n'est pas de cas de tant de livre que ça finallement : Nabokov écrit merveilleusement, mais son livre Lolita me dégoute profondément...)

Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur "Le Liseur" de Bernhard Schlink sur mon blog...


Joli article, je reviendrais ;)

Bonne continuation !!


Yvon Verrier 20/05/2010 06:37


Ce qui métonne, c'est que Hanna a honte de ne pas savoir lire. Mais elle ne semble pas comprendre le mal qu'on lui reproche: elle n'a fait que son devoir... Aussi, quand elle demande au juge, ce
qu'il aurait fait à sa place, ca peut sembler terriblement naif. D'un autre côté, ce juge, et ces gens, qui lui font un procès, on pourrait aussi leur demander: qu'avez-vous fait, pendant la
guerre? Ne saviez-vous pas qu'on tuait des gens? Et pourtant, vous n'avez pas osé vous y opposer. Et maintenant que vous ne risquez plus rien, vous vous permettez de crier votre mépris. Dans le
fond, rien n'est fini. Nous sommes encore et toujours dans la même situation. Qui ose se lever contre l'envahisement du Tibet, de la Palestine, de l'Irak, de l'Afghanistan? Personne. Mais plus
tard, quand ce sera plus sécuritaire, on verra des gens faire des procès aux envahisseurs. Comme le faisait remarquer Roger Peyrefitte: on peut bien tuer des nazzies, ce ne sont que des humains.
Mais peut-on tuer le nazisme?