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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le joueur d'échecs - Un roman de Stefan Zweig

Le-joueur-d-echecs-stefan-zweig.jpgQue ferions-nous si nous étions face au néant, sans y être absorbé car nous ne serions plus, mais maintenu dans un état de conscience suffisant pour faire l’expérience du vide absolu ? L’on pourrait nous dire que cette question est incongrue tant la nécessité d’un point d’appui à toute existence pour être vécue. Certes, mais si ce point d’appui nous était malgré tout retiré, que resterait-il ? Ce retrait n’est dans l’absolu pas impossible, comme en témoigne le roman de Stefan Zweig, Le joueur d’échecs. C’est l’histoire d’un homme arrêté par la Gestapo et dont le sort ne sera pas celui de millions de captifs broyés par la machine concentrationnaire développée par les nazis. Cet homme donc est tenu prisonnier dans une chambre d’hôtel dans les conditions suivantes : pas d’accès à l’extérieur, un mobilier des plus réduits, aucun livre, ni crayon, ni papier, encore moins un compagnon d’infortune. Les seules paroles qui lui sont autorisées sont des réponses attendues lors des interrogatoires. Rien ainsi de quoi occuper ses journées ; aucune distraction, aucune évènement, aucun rythme changeant. L’homme est totalement seul avec lui-même. Il est vivant, mais peu à peu il n’existe plus. Seules ses pensées meublent les secondes qui sont autant de pics acérés transperçant l’âme depuis que l’ennui s’est emparé d’elles. L’esprit n’a pour horizon que lui-même ; ses espaces ne sont que ceux dont il est le créateur. Il faut pourtant de la matière pour créer et pour cela l’on ne se suffit pas à soi-même. Des souvenirs, il est vrai, nous appartiennent, mais ils servent plus à une activité cérébrale comme la rêverie, laquelle ne dure qu’un temps et donc n’est pas constructive. Pour échapper au néant, l’homme construit, consciemment ou non, de l’être. Mais il ne peut pas le faire en étant à la fois absolument esseulé et en ne disposant d’aucun objet autre que sa pensée. Le néant, même si comme pour nous tous ne l’a jamais quitté, n’est plus masqué désormais pour notre homme. Il se dessine devant lui, il prend forme. L’ennemi maintenant est là. C’est alors une lutte à mort qui s’engage, mais cette dernière n’a pas de réciprocité. Elle est à sens unique. C’est soi contre soi. Pas étonnant alors que la schizophrénie s’invite dans cet affrontement. Il faut être au moins deux pour se battre. Notre homme le sera, avec les échecs pour champ de bataille.

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Frank 01/07/2011 15:17


ce joueur d'échec, expérimente-t-il vraiment le néant? ou bien serait-ce plutôt l'extinction d'une partie de son "moi", le "moi social"? se retrouver seul, c'est tuer une partie de ce qui fait
l'humain, c'est à dire la relation à autrui, la reconnaissance de soi dans l'autre, l'acceptation de l'autre en soi, etc .... s'amputer de cette dimension (autrui), c'est nier son humanité plutôt
que tomber dans le néant. il faudrait que je lise ce roman pour piger un peu mieux ce qu'a voulu dire Zweig...


Frank 01/07/2011 15:11


on pourrait dire du néant, comme de l'éternité, que s'il "existe" (?!), nous en sommes une part. Il ne peut pas y avoir "un peu" de néant, ou "un peu" d'éternité, c'est tout ou rien. Quand Spinoza
dit "nous expérimentons l'éternité", c'est un peu comme Zweig qui fait "expérimenter" le néant à son personnage.