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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La machine infernale - Une pièce écrite par Jean Cocteau

La-machine-infernale.jpgQu'est-ce donc que la machine infernale ? S'agit-il d'une concentration de vis, de bielles, de pistons, dont l'énergie qui s'en dégagerait serait un souffle enflammé, tel un baiser brûlant du dragon ? Serait-ce un produit de la technicité humaine usitée pour asseoir un pouvoir, ou alors qui laisse sur la nature une empreinte indélibile ? Non, la machine infernale n'est point une mécanique. Il n'est pas question non plus d'un système ou d'une structure née de l'activité humaine dans sa grande volonté organisatrice. La machine infernale est un destin, une route toute traçée, commandée par les dieux, dont le sujet est Oedipe et l'objet l'orgueil de ce dernier. Oedipe refuse en effet la condition qui devrait être la sienne, soit de rester aux côtés de ses parents adoptifs. Il n'accepte pas cette place dans le cosmos qui lui est réservée, ce que les dieux considèrent comme une effronterie à leur égard méritant condamnation. L'oracle l'avait pourtant prévenu. Sans attention de sa part, Oedipe tuera son père et épousera sa mère. Mais il est aveuglé par ses ambitions. Il porte des oeillères qui l'amèneront, selon ses désirs, vers une destinée princière. Il est jeune, impétueux, impatient. Il ne se donne pas le temps de la réflexion pour disposer de tout le recul nécessaire face à la menace qui pèse sur lui. La course est engagée et peu importe que le Sphinx qu'il croise sur sa route en tombe amoureux. Ce n'est pas son affaire et une fois encore, par son indifférence, il froisse le divin. Sa marche est ryhtmée. Oedipe est un homme d'action et Cocteau restitue, par un enchaînement nerveux des actes, la fuite en avant d'une existence pressée. La vitesse cependant n'est pas immuable. Oedipe, installé sur son trône, veillit et d'autres avec lui. Son père adoptif est de ceux-là jusqu'à ce qu'il soit emporté par l'âge. Il s'éteint mais sa mort n'est pas silencieuse, elle charrie avec elle quelques révélations qui précipitent Oedipe vers la nuit. Lui qui était persuadé que l'oracle s'était trompé sur son sort s'apperçoit qu'il n'en est rien. Son chemin était tout traçé et il n'a pas su s'en détourner. Les circonstances se sont occupées de son cas et leurs concours ont contribué à la réalisation de la prédiction. Oedipe est bien responsable du décès de son père et la femme qui s'est donnée à lui est bien sa mère. Ivre de douleurs, il se crève les yeux. La vue ne lui sert à rien car jamais dans sa vie elle lui a permis d'apprécier la juste mesure des choses. Aveugle, il lui faut dorénavant un baton pour le guider. Lui qui enfant fût à quatre pattes, puis sur deux pattes pour le porter vers la gloire, le voici dorénavant résigné sur trois pattes. Il est ainsi l'incarnation de l'énigme posée par le Sphinx qui condamnait à mort tous ceux incapables d'e trouver la réponse à la question suivante : quel est l'animal qui est sur quatre pattes au début de sa vie, puis sur deux au milieu de son existence, pour être sur trois à l'approche de sa mort ? Il s'agit de l'homme, et Oedipe le devient totalement une fois le tragique accompli.

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