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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'élégance du hérisson - Un roman de Muriel Barbery

L-elegance-du-herisson-copie-1.jpgVoilà un livre remarquable que celui écrit par Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, et ce pour trois raisons. Je commencerais, comme à l’accoutumée, par la première qui n’ayant pas peur des mots est bassement matérielle. Il s’agit là d’un succès littéraire, au demeurant très honorifique compte tenu d’un dénuement complet des préceptes commerciaux servi par une couverture austère et un titre pour le moins énigmatique. Il faut bien avouer que l’œil, perdu dans les linéaires à géométrie variable, est bien plus souvent attiré par une mise en page criarde. Il n’empêche, l’ouvrage s’est offert une place au soleil dans les ventes littéraires.
La seconde raison nécessite quelques efforts du lecteur pour en apprécier toute la teneur. Ce livre est très riche en vocabulaire. Laissez donc votre vieux dictionnaire à portée de main pour comprendre toutes les subtilités dont l’auteur fait usage si délicieusement.
Enfin, je termine, la aussi comme il se doit, par la dernière raison. Vous jugerez au passage de la cohérence de mon propos. L’élégance du hérisson nous appelle à des réflexions profondes qui s’orientent sur la portée du sens à donner à la vie. Les protagonistes de cette histoire sont deux êtres que tout oppose si l’on s’en tient aux apparences. Seulement voilà, un hérisson est un animal très élégant à condition de se donner la peine de le connaître profondément. L’héroïne est une concierge qui se plait croit-on au départ, mais en fait se cache apprend-on à la fin, à servir au mieux les préjugés que nous avons chacun vis-à-vis de cette profession. Car en fait, la dame est savante, érudite, autodidacte et surtout dotée d’une grande sensibilité qui lui permet d’apprécier le Beau.
Le deuxième personnage principal est une jeune fille de treize ans, dont les parents sont un couple petit-bourgeois résidant dans un immeuble à haut standing et gardée, vous l’aurez deviné, par la concierge dont je viens de vous faire le portrait. Ce ne serait pas totalement idiot, à ce stade de ma présentation, de penser se trouver face à une adolescente mièvre, enfant gâtée de surcroît, bref sans intérêt. Et bien si, c’est idiot. La demoiselle en question est également très intelligente, douée d’un sens profond de la pertinence dont elle fait usage dans des pensées manuscrites. La concierge et cette jeune fille se rencontrent un jour. Et chacune verra sa vie bouleversée. Cette vie, comme le chantait Léo Ferré, qui dure l’espace d’un cri, mais quel hurlement lorsqu’il s’époumone d’amour, d’amitié, de sentiment partagé avec les autres, ou d’une action conquise dans l’intimité à peine dévoilée de celui ou celle qui l’instant d’avant n’était pour vous qu’un individu. Un frisson d’éternité parcourt alors ces personnages, car le cœur et ses battements d’aile traversent les âges, seule l’enveloppe corporelle étant destinée à la poussière. Cette éternité est si bien décrite lorsque la concierge fait état de sa passion pour l’art, ce procédé humain qui nous livre l’universalité des choses, dans son expression immuable. Comme ces mots qui phonétiquement changent mais restent des mots, avec leur définition pour les habiller. Comme le succès qui se veut une quête perpétuelle de la conscience humaine, traduit pour les uns par la reconnaissance d’un public, plus intime et personnel pour les autres. Tout compte fait, les deux premières raisons et la troisième ne font qu’une. Le tout est un tout. Le hérisson certes pique, mais il est vivant.

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