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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

A l'Ouest rien de nouveau - Un roman de Erich Maria Remarque

A-l-ouest-rien-de-nouveau.jpgA l'Ouest, rien de nouveau. Le front est calme. Un homme est tombé en ce jour d'été 1918, comme beaucoup d'autres. Mais il est différent. Lui a traversé toute la guerre. Engagé volontaire malgé lui, parce que toute une jeunesse ne pouvait résister au nationalisme et d'ailleurs le voulait-elle vraiment, le soldat qui n'était qu'un enfant arrivé à son terme et pas encore un adulte aguerri, le voilà donc dans une tranchée, à demi-enterré, avant que de l'être totalement. Mais précédemment au feu, il y eut l'instruction militaire. Il fallait bien déshabiller l'homme, pour qu'une fois nu, il puisse devenir soldat. La brosse à cirage fût alors plus important que tout. Puis la guerre, celle qui allait devenir première mondiale, attrapa ce soldat, le mît dans un trou, le poussa à tuer et à faire de la mort une compagne. Les premiers camarades, ou anciennes connaissances d'avant-tout-çà, périrent, en abandonnant au néant les nombreuses années qu'ils ne vivraient jamais, si jeunes pour partir déjà. Chaque jour dès lors charrie des horreurs, entre cris, douleurs atroces, corps décharnés, poitrines éventrées, râles obsédants...Le jeune soldat ne comprend plus, car plus rien n'est compréhensible, comme cette sensation de n'avoir jamais été aussi vivant une fois recroquevillé, face contre terre, prêt à l'embrasser, s'y noyer, pour se protéger des balles et des bombes toujours plus présentes et pressantes. Incompréhensible aussi ce corps, le sien, qui se précipe hors du trou, dans les ténèbres, parce qu'une voix, seulement une voix, l'a ordonnée. Il y a dans la guerre une force qui aspire et engloutit. La conscience alors se vide pour que seul l'instinct demeure car il ne faut plus vivre, mais survivre. Il faut oublier tout ce qui est de l'existence d'un homme ordinaire. C'est peut-être la seule voie de salut dans cet enfer permanent. Mais aussi peut-on revenir intact d'une telle simplicité proche d'un état bestial lorsque s'arrête la fureur collective ? N'a-t-on pas plongé trop profondément dans l'abîme pour que la surface soit devenue définitivement inaccessible ? Le héros du roman de Erich Maria Remarque n'aura pas cette peine. Il a déjà tout donné de sa vie, de ses jeunes années, fallait-il encore qu'il souffre pour redevenir un homme parmi d'autres. La guerre s'achève donc avec lui, et cette fin commune sonne comme une dernière absurdité.

Devant tant d'horreurs et de folies concentrées sur si peu de terres, quelques centaines de kilomètres carrés, on pensait que cette guerre serait la dernière. Mais qu'une génération fût sacrifiée, quelque soit sa nationalité, ne suffît pas, car l'enfer n'est pas transmissible. On peut toujours commenter, s'indigner, s'épouvanter, compatir, voilà uniquement des réactions de l'esprit qui interdisent de connaître. Ainsi, tout témoignagne de ce dont l'homme est capable de faire dans sa plus grande bassesse est préçieux, pour savoir, à défaut de l'arrêter, à qui il a affaire. A l'Ouest rien de noubeau est un témoignage précieux.

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