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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Petit cours de philosophie - Chapitre XVII - Le désir et la volonté...ou la volonté non désirée comme une affirmation de la liberté

Desir-volonte-philosophie.jpgLa volonté plus forte que le désir ? Ou le désir ordonne-t-il le vouloir ? Puis-je désirer ce que je ne veux pas ? Ou vouloir ce que je ne désire pas ? A moins qu’il n’y ait pas de frontière entre le désir et la volonté, qu’ils se mêlent tous deux, ou encore interagissent ? Pourtant, l’on dit bien je veux, et aussi je désire. Le langage différencie l’un de l’autre, mais peut-être ne s’agit-il que d’un abus de langage ? Qu’est-ce donc d’ailleurs que la volonté ?

 

 

 

La volonté autonome de tout selon la théorie du libre-arbitre…

 

La volonté est une capacité, une force, une dynamique, permettant à l’homme de se projeter vers un objet, ou une fin. Une première remarque : les animaux disposent aussi d’une faculté de projection vers ce qui leur est extérieur et qui les intéresse. Ne serions-nous donc pas différents de l’animal à propos de la volonté ? La réponse est non, parce que justement la volonté et le désir diffèrent. Le désir en effet est déterministe ; il pousse à agir en excluant toute considération quant aux conséquences de l’acte, sans exercice d’anticipation, sans réflexion dirions-nous. La volonté par contre n’a pas la spontanéité du désir. Elle s’appuie sur une prise de recul, une distance entre soi et ce qui peut devenir, ou pas, voulu. La volonté présente une dimension de liberté que n’a pas le désir. Ainsi, l’animal désire et ne peut échapper à ce désir, sauf s’il est contraint extérieurement, sans que cela soit de son fait. Il agit donc en fonction, avec comme limite l’instinct de survie. Et l’homme ? Lui aussi, la survie le concerne. Mais il y a plus. Il peut par exemple mettre sa vie en danger parce qu’il veut plus que tout la liberté, bien qu’il n’ait pas le désir de mourir. L’homme et l’animal ne se ressemblent donc pas concernant la volonté ; l’animal n’en a pas, il désire, tandis que l’être humain désire certes, mais il veut également. L’homme peut dire non, alors que son instinct lui commande de dire oui, ou pour reprendre une phrase d’Edmond Goblot, philosophe français né dans la seconde moitié du XIXe siècle, « le désir est un attrait que l’on subit, la volonté un pouvoir que l’on exerce. » Il y aurait donc une séparation nette entre le désir et la volonté, entre l’instinct et l’acte. C’est du moins le discours tenu par les théoriciens du libre-arbitre, comme Descartes. Celui en effet écrit, dans Les principes de la philosophie, qu’aucun déterminisme ne saurait s’immiscer dans le processus de volonté : « Il est si évident que nous avons une volonté libre, qui peut donner son consentement ou ne pas le donner quand bon lui semble que cela peut être compté par une de nos plus communes actions. » Ainsi, avec le libre-arbitre, la volonté est totalement autonome, sans influence des passions, et cette autonomie permet à l’homme de s’autodéterminer, en se représentant les fins vers lesquelles il veut se projeter. Certes, les affects le concernent. Mais c’est la volonté qui les filtre, en les jugeant puis en les censurant. La volonté présentée telle quelle autorise donc le sujet d’être cause de lui-même, et non l’effet de phénomènes qui lui sont extérieurs, qui ne lui appartiennent pas, et cela parce que l’homme, nous l’avons dit, serait en mesure de juger indépendamment de tout affect, mais aussi parce que la volonté et l’entendement seraient indépendants. Je pourrais donc vouloir ce que la raison m’interdit, comme le mal par exemple, même si la raison m’avertit des sanctions qui pèsent sur moi en agissant selon cette volonté. Mais ne pourrait-on pas dire dans ce cas que cette volonté du mal n’est pas plutôt un désir qui l’emporte sur tout le reste ? Si oui, le désir serait dès lors au-dessus de la volonté, et sans aller jusqu’à considérer une appétence pour le mal, ne peut-on pas conclure que la volonté n’a aucune autonomie vis-à-vis des passions et de l’entendement ?

 

…ce que réfute l’idée de la nécessité

 

Le libre-arbitre est une illusion ; c’est tout du moins ce que nous dit Spinoza, pour qui on ne désire pas une chose parce qu’on la juge bonne, mais c’est parce qu’on la désire qu’elle est jugée bonne. Spinoza nous explique surtout que l’homme, comme tout être vivant, tend à persévérer dans son être. Cette tendance est naturelle, et elle le détermine. Il y a donc dans l’homme de la nécessité, ce qui ne signifie pas que tous les représentants de l’espèce humaine soient identiques. Et si nous ne le sommes pas, c’est parce que chacun dispose de liberté. Celle-ci n’est certes pas absolue, comme le libre-arbitre le sous-entend, mais elle existe en partie, au sein de la nécessité qui concerne chacun. Avec la volonté, il est possible d’accroître ses espaces de liberté, bien plus qu’avec le désir. Mais il est illusoire de prétendre que la volonté est coupée totalement du désir. Lorsque ce dernier est d’une très grande intensité, la volonté lui résiste difficilement, jusqu’à parfois céder. Parce que l’on désire, par exemple, une femme en particulier, on ne veut pas céder aux avances d’une autre…

 

 

Le désir et la volonté se tiennent dans un rapport qui influe sur le degré de notre liberté. Ainsi, que le désir et la volonté soient toujours confondus, et c’est notre liberté qui en pâtit. A l’inverse, que la volonté dépasse le désir, et c’est notre liberté qui s’en trouve grandie.

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