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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La guerre de 1870 et ses conséquences : la Commune de Paris, la IIIème République, l'annexion de l'Alsace-Lorraine

Guerre-1870-francoallemande-histoire-france.jpgRarement une guerre si courte n’aura eu autant de conséquences que celle de 1870 qui vit s’affronter la France et les Etats allemands unies derrière le royaume de Prusse. Le 19 juillet 1870, en effet, Napoléon III lance les hostilités. L’Empereur est sûr de son fait, son ministre de la guerre, le Général Lebœuf, lui ayant assuré que l’armée française était prête. Pourtant, six semaines après le début du conflit, Napoléon III sera fait prisonnier à Sedan, et son empire s’écroule sous la pression de la révolution parisienne.

 

La guerre de 1870 tient son origine sur des divergences profondes entre Napoléon III d’un côté, Guillaume de Prusse et son chancelier Bismarck de l’autre. Le premier tient à l’émancipation des nationalités pour étendre son empire. Les seconds n’aspirent qu’à assoir l’unité allemande. En outre, un évènement met le feu aux poudres entre la France et la Prusse. La reine d’Espagne a été renversée en 1868, laissant vacant le trône. Sous l’influence de Guillaume de Prusse, les espagnols envisagent d’octroyer la succession royale au prince Léopold de Hohenzollern, qui se trouve être le cousin du souverain prussien. Pour Napoléon III, cette hypothèse est inacceptable, car la France se retrouverait ainsi voisine à la fois d’un Etat prussien à l’Est et d’un royaume sous influence prussienne au Sud. Cependant, le prince Hohenzollern abandonne ses prétentions monarchiques. Cet abandon pourtant ne suffit pas à Napoléon III. L’Empereur veut également que le roi de Prusse renonce lui-même au projet espagnol. Il envoie un ambassadeur à Elms, où se trouve Guillaume Ier. Le représentant français obtient bien du souverain prussien la confirmation que le prince Hohenzollern renonce au trône d’Espagne. Mais Bismarck travestit l’entretien en produisant et publient une dépêche insultante pour la France, la dépêche d’Elms, laquelle est très mal reçue par Napoléon III. Offensé, celui-ci décide de déclarer la guerre à la Prusse. Mais cette décision est aussi le fruit de l’influence de l’impératrice Eugénie et de courants de pensée, comme les mamelouks, désireux d’un retour à un empire autoritaire.

 

Les premières batailles sont un désastre pour l’armée française. Le rapport de force est disproportionné entre français et allemand. En effet, les prussiens ne sont pas seuls à se battre. Les quatre états allemands du Sud les accompagnent. Les forces allemandes comptent ainsi 800 000 soldats, contre 265 000 côté français. En outre, l’encadrement intermédiaire de l’armée française n’est pas à la hauteur d’un affrontement de front, en rase campagne, habitué aux guérillas depuis les dernières campagnes coloniales en Afrique. L’artillerie devient également la première arme dans un conflit, et les allemands disposent de canons Krupp dont la portée est de six kilomètres, contre quatre pour les batteries françaises. La disproportion numéraire, le déficit de stratégie pour mener une guerre frontale, et la performance des armes allemandes, font de l’armée française une force militaire en déroute. Le Général Bazaine est encerclé avec ses hommes par les soldats allemands dans Metz. Napoléon III, qui lui-même est présent sur les champs de bataille, décide de lui porter secours. Et c’est en voulant assister son général qu’il est fait prisonnier à Sedan. L’Empereur, déjà fortement diminué physiquement à la veille du conflit, est harassé. Il capitule le 2 septembre 1870. La nouvelle de la capitulation arrive à Paris le lendemain, et le 4 septembre 1870, la République est proclamée à Paris par Gambetta, en qualité de représentant de l’opposition parlementaire. Le Second Empire vient de s’effondrer.

 

Un gouvernement provisoire se met en place suite à la proclamation de la IIIème République. C’est avant tout un gouvernement de défense nationale, car la République décide de poursuivre la guerre. Le Général Trochu prend la tête du pouvoir. Gambetta participe à ce gouvernement, ainsi que Jules Ferry, et d’autres élus parisiens. Après dix-neuf ans d’exil, Victor Hugo revient également dans la capitale, et son retour le 5 septembre fait sensation. Il est accueilli triomphalement par des milliers de personnes, ce qui lui fera dire : « Vous me payez en une heure dix-neuf ans d’exil ». Le 17 septembre, il rend public un écrit exhortant les français à la résistance contre ce qui est devenu l’occupant allemand : « Que toutes les communes se lèvent! que toutes les campagnes prennent feu! que toutes les forêts s'emplissent de voix tonnantes! Tocsin! tocsin! Que de chaque maison il sorte un soldat; que le faubourg devienne régiment; que la ville se fasse armée. Les prussiens sont huit cent mille, vous êtes quarante millions d'hommes. […]O citoyens, dans les cailloux du chemin, ce que vous leur jetez à la face, c'est la patrie. » (Victor hugo – Extrait de l’appel à résistance contre les prussiens, le 17 septembre 1870).

 

La guerre de 1870 se déroule dès lors sur deux fronts. D’abord à Paris, qui se trouve très vite assiégé par l’armée allemande. Le siège dure un peu plus de quatre mois et il est très douloureux pour les parisiens. La famine n’est jamais très loin, et il faut manger du rat et du chat pour survivre. La Province est également concernée par le conflit. Gambetta, alors ministre de l’Intérieur du gouvernement Trochu, part à Tours pour lever plusieurs armées, celles de la Loire, du Nord et de l’Est. Des contingents étrangers se mêlent aussi à la défense française, avec notamment Garibaldi et ses légionnaires. Lui qui fût l’un des artisans de la constitution du royaume d’Italie, il estime avoir une dette envers la France suite à la second guerre d’indépendance de 1859 qui vit s’affronter une armée franco-piémontaise contre l’empire d’Autrice, et permit pour les italiens la réunion de la Lombardie au royaume de Sardaigne. Néanmoins, les nouvelles forces sous le drapeau français n’ont pas plus de réussite que l’armée du Second empire. Ce qui permet à Bismarck de prononcer l’unité allemande à Versailles, dans la galerie des Glaces. L’évènement est humiliant pour la France. Dans le même temps, les élections de février 1871 amènent une majorité monarchiste à l’Assemblée. Adolphe Thiers est désigné par les parlementaires comme chef du nouveau gouvernement. Les parisiens pour autant ne se retrouvent pas dans cette nouvelle représentation politique et le 18 mars 1871, débute la Commune de Paris. Paris n’accepte pas non plus la tournure des négociations en cours entre Thiers et Bismarck pour trouver une sortie au conflit. Thiers en effet est en train de céder devant les conditions draconiennes que lui imposent son homologue allemand, dont l’annexion de l’Alsace-Lorraine et le versement d’indemnités à hauteur de cinq milliards de francs. Mais Thiers est porté par une majorité qui veut résolument la fin de la guerre. Le traité de paix est signé le 10 mai 1871, quelques jours avant l’écrasement de la Commune. L’Alsace-Lorraine sera bien annexée, ce qui crée désormais un contentieux indépassable entre la France et l’Allemagne, à l’origine de la première guerre mondiale, et par enchaînement, de la seconde.

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