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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Quand Jean Jaurès réconcilie matérialisme et idéalisme à propos de l'Histoire

Jaures.jpgLors d’une Conférence donnée à des étudiants socialistes en 1894, Jean Jaurès fît part de ses réflexions à propos du sens de l’histoire. Pourquoi l’homme est-il devenu ce qu’il est ? Pourquoi l’humanité a-t-elle prise une direction, celle qu’on lui connaît et qui donc est historique, et non une autre ? En préambule, Jaurès nous dit qu’il n’est pas suffisant de comprendre l’enchaînement des ordres sociaux et économiques : « Il ne suffit pas de dire qu’une forme de production succède à une autre forme de la production ; il ne suffit pas de dire que l’esclavage a succédé à l’anthropophagie, que le servage a succédé à l’esclavage, que le salariat a succédé au servage et que le régime collectiviste ou communiste succèdera au salariat. Non ; il faut encore se prononcer. Y’a-t-il évolution ou progrès ? » Pour Jaurès, la réflexion doit être plus profonde à propos du sens historique, en distinguant notamment ce qu’est évolution, c’est-à-dire les variations des rapports entre les hommes et l’organisation collective, et le progrès, soit le pourquoi de ces variations. Jaurès écarte très vite la thèse providentielle. Il est matérialiste, donc ne croit pas à un dessein transcendant l’humanité quant à son devenir. Au contraire, l’homme prend son avenir en main et il avance en levant les obstacles, en dépassant les contradictions : « Dès lors, on comprend, puisque tout le mouvement de l’histoire résulte de la contradiction essentielle entre l’homme et l’usage qui est fait de l’homme, que ce mouvement tende, comme à sa limite, à un ordre économique où il sera fait de l’homme un usage conforme à l’homme. » Ainsi, le progrès est le dépassement d’un ordre existant qui fait obstacle à des aspirations humaines. C’est en vertu d’un idéal que l’humanité progresse,  ajuste son organisation et les rapports en son sein. L’évolution est au service du progrès. Jaurès associe ainsi matérialisme et idéalisme. C’est selon lui l’idée qui donne un sens directionnel à l’histoire. C’est aussi avec l’idée que se fait le droit, dont seul l’homme est le concepteur puis le dépositaire. A travers le droit, l’homme tente de s’affirmer, mais cette affirmation ne concerne que lui-même, comme l’explique Jaurès : « […] l’humanité se cherche et s’affirme elle-même, et quelle que soit la diversité des milieux, des temps, des revendications économiques, c’est un même souffle de plainte et d’espérance qui sort de la bouche de l’esclave, du serf et du prolétaire ; c’est le souffle immortel d’humanité qui est l’âme même de ce qu’on appelle le droit. » Selon Jaurès, la volonté de l’homme à être toujours plus humain est une force balayant les résistances. Il y a bien-sûr des mécanismes, des liens de causalité, générant le passage d’un état à un autre. Mais l’idée autorise à sortir des mécanismes devenus trop archaïques, pour en créer d’autres, conformément à ce que l’homme souhaite à un moment précis de son histoire. L’humanité ne saurait ainsi être transcendée par ce qu’elle crée elle-même, comme l’économie par exemple, mais aussi par l’histoire, cette histoire « qui se réalise selon une loi idéale ». Pour Jaurès, l’idée est la source du progrès et dispose de l’évolution pour se matérialiser, le tout faisant l’histoire.

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Clovis Simard 10/10/2012 21:41

Voir Blog(fermaton.over-blog.com).No-9 - THÉORÈME SARTRE. - Pensée moderne ?