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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le souci du détail pour la réussite des vacances...ou quand le philosophe Alain recommande, dans ses Propos sur le bonheur, l'arrêt et le détour pour voyager

Alain-Voyages-Propos-sur-le-bonheur.jpgQuel plaisir de voyager pour découvrir des choses nouvelles, qui ne nous sont pas coutumières. Mais le voyage nécessite-t-il la distance ? N’existe-il pas sous nos yeux des richesses inexplorées par le simple fait de nos précipitations journalières ? A cette seconde question, Alain nous répond par l’affirmative dans un texte intitulé Voyages et tiré de son livre Propos sur le bonheur. Selon lui, « la vraie richesse des spectacles est dans le détail ». Peu importe alors de se rendre dans des endroits très éloignés pour saisir ce que nous ne voyons pas habituellement. Le comble d’ailleurs serait de voyager en conservant le rythme quotidien, c’est-à-dire en se pressant. Que peut-il en effet rester d’un périple réalisé en quatrième vitesse…Une impression d’ensemble, une vague idée d’une terre éloignée, juste bonnes à alimenter les conversations usuelles de rentrée de vacances. Alain nous avertit à ce sujet que d’un simple passage, « il est presque inévitable que les souvenirs se brouillent et forment enfin une espèce d’image grise aux lignes brouillées ». Quel gâchis pourrions-nous dire. L’auteur des Propos sur le bonheur recommande plutôt de voyager en s’arrêtant, en se détournant même, car derrière un chemin balisé se trouve certainement une découverte. Ainsi, la ressource d’un périple n’est pas conditionnée au nombre de kilomètres parcourus, mais au choix du paysage, à la manière de le contempler et au temps consacré à cette contemplation. Il ne faut pas hésiter à y revenir, car on ne peut tout voir en une seule fois, même avec la concentration. On ne revoit jamais de la même façon une chose visitée plusieurs fois, ce que nous dit Alain : « Et si je reviens à une chose déjà vue, en vérité elle me saisit plus que si elle était nouvelle, et réellement elle est nouvelle ». Mais le détail nécessite un effort, une attention particulière, pour être vu, contrairement au général qui est aperçu par un simple regard. Voilà qui peut contrarier l’esprit léger que l’on prête volontiers à la pause vacancière. Mais quand il s’agit de transformer celle-ci en une course effrénée pour remplir la boîte à images ou pour afficher un planning serré excluant tout temps mort, la légèreté cède rapidement la place à une productivité censée attester la réussite des vacances. L’effort n’en est pas moindre, au contraire, pour un bénéfice qui semble fort bien éloigné de la joie que procure l’émerveillement d’un spectacle en apparence ordinaire, mais en fait riche, à la condition de s’y consacrer totalement. Ce qui fait dire à Alain qu’ « un spectacle quelconque enferme des joies inépuisables » et que « […], de partout, on peut voir le ciel étoilé ; voilà un beau précipice ». Ainsi, avant que de souhaiter de bonnes vacances, préférons-les joyeuses en privilégiant le détail à l’accumulation.

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