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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La perception est une fonction de l'entendement - Eléments de philosophie, oeuvre du philosophe Alain, commentée et expliquée - De l'anticipation dans la connaissance par les sens

Dans le premier chapitre du Livre I des Eléments de philosophie, Alain revient sur une idée qu’il estime erronée concernant la perception : « L’idée naïve de chacun, c’est qu’un paysage se présente à nous comme un objet auquel nous ne pouvons rien changer, et que nous n’avons qu’à en recevoir l’empreinte. […] Telle est l’idée naïve de la perception ». Pour le philosophe, la perception n’est pas qu’une réception passive par les sens, bien au contraire. L’anticipation, qui est une fonction de l’entendement, entre en jeu pour ce qui est de percevoir. Que l’objet soit visible ou non, peu importe. Une ombre suffit pour anticiper, et ainsi voir ce qui ne saurait déjà être vu. Cette anticipation, motrice dans le processus de saisie du réel, s’appuie sur le jugement, autre fonction de l’entendement. Alain prend l’exemple d’un paysage pour mettre en évidence la relation nécessaire entre l’observateur et son jugement quant à observer : « Cet horizon lointain, je ne le vois pas lointain ; je juge qu’il est loin d’après sa couleur, d’après la grandeur relative des choses que j’y vois, d’après la confusion des détails, et l’interposition d’autres objets qui me le cachent en partie. Ce qui prouve qu’ici je juge […] ». Il faut donc apprécier les distances pour percevoir ce qu’est l’horizon, et cette appréciation est possible selon un procédé actif, certes très rapide, qui se confond avec les images et les sons reçus par nos sens. La sensibilité n’est pas suffisante pour prendre connaissance de ce qui est, comme le toucher pour reprendre l’analyse d’Alain : « On soutient communément que c’est le toucher qui nous instruit, et par constatation pure et simple, sans aucune interprétation. Mais il n’en est rien. Je ne touche pas ce dé cubique. Non. Je touche successivement des arêtes, des pointes, des plans durs et lisses, et réunissant toues ces apparences en un seul objet, je juge que cet objet est cubique ». Ainsi, notre rapport au réel contient une phase de conceptualisation, qui s’appuie sur les informations collectées par nos sens puis synthétisées par l’esprit. Ceci permet de percevoir un objet sans pour autant en faire l’expérience sensible dans sa totalité. Il me manque certes les détails, sauf à détailler ce qui se présente, mais cela exige plus qu’une simple observation. Il n’empêche que le général suffit pour y déceler une forme et reconnaître l’objet : « Au surplus, il est assez clair que je ne puis pas constater comme un fait donné à mes sens que ce dé cubique et dur est en même temps blanc de partout, et marqué de points noirs. Je ne le vois jamais en même temps de partout, et jamais les faces visibles ne sont colorées de même en même temps, pas plus du reste que je ne les vois égales en même temps. Mais pourtant c’est un cube que je vois, à faces égales, et toutes également blanches. Et je vois cette chose même que je touche ». Alain conclut ainsi que la perception même est une fonction de l’entendement, et non une expérience exclusivement sensible. L’homme met une part de lui-même dans ce qu’il voit, entend, sent, touche ou goûte. Sinon, où serait l’erreur si tout était donné, sans qu’aucun jugement ne soit requis, pour ce qui est du rapport de l’homme avec le monde ? N’oublions pas que l’erreur est humaine.

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