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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La pensée de la mort est sans objet et oblige l'homme à s'occuper pour vivre...ou Sur la mort, texte extrait des Propos sur le bonheur, écrit par le philosophe Alain

Alain-Sur-la-mort.jpgLa mort est la peur la plus extrême pour l’homme, ce qui pourtant ne le dispense de la penser.  Pourtant, cette pensée présente une certaine absurdité dans le sens où elle porte sur un objet que nous ne connaissons pas, parce que pour penser il faut être vivant, donc échapper à la mort. Pour Alain, d’après le texte intitulé Sur la mort, extrait de ses Propos sur le bonheur, la réflexion sur notre fin entraîne l’homme vers l’impatience, car il ne sait que faire à propos de sa finitude : « […] ; mais cette pensée elle-même n’a point d’objet ; nous ne pouvons nous penser nous-mêmes que vivants. D’où une impatience. Devant cette menace abstraite et tout à fait informe, nous ne savons que faire. Descartes disait que l’irrésolution est le plus grand des maux. Eh bien nous y voilà jetés, et sans aucun remède ». Pourtant, il faut bien que l’homme agisse et pense, et il ne s’en prive pas. Alain le reconnaît d’ailleurs comme étant « courageux ». Ce courage est néanmoins intéressé car il permet de mettre un visage sur le danger, de déterminer en quelque sorte ce qui peut causer la mort et ainsi d’agir en conséquence. Rien de pire en effet que de s’enfermer dans l’irrésolution et se trouver plongeant dans la torpeur. Alain comprend que l’inaction crée de l’impatience car sans action, l’existence humaine n’est plus qu’une attente de la mort, dont la venue nous échappe, à moins d’attenter à ses jours, ce qui est une autre histoire. Selon Alain, l’impatience est même guerrière ; sans occupation, certains se tourneraient vers la guerre car cette dernière, en plus de combattre l’ennui, permet de déterminer des risques de mort, et ainsi l’homme parvient-il à définir ce qui par nature est indéterminé : « Tous ceux qui sont inoccupés sont assez guerriers par l’impatience. Ce n’est pas qu’ils veuillent mourir, mais c’est plutôt qu’ils veulent vivre. Et la vraie cause de la guerre est certainement l’ennui d’un petit nombre, qui voudraient des risques bien clairs, et même cherchés et définis, comme aux cartes ». Le danger de mort permet ainsi de rapprocher l’homme un peu plus de la mort, donc de la côtoyer pour qu’elle ne soit plus un mystère ténébreux. Il faut en effet connaître pour vaincre les peurs. Alain cite l’exemple du malade : « Voyez même un malade, comme il est aussitôt guéri, par la maladie, de la peur d’être malade ». La proximité renseigne, ce qui rassure l’être humain. A contrario, ne pas savoir, être dans l’inconnu, effraie, parce que l’imaginaire emporte le sujet vers un chemin non borné, l’amène à des considérations sans fin car tout est possible, faute d’ancrage : « C’est l’imaginaire toujours qui est notre ennemi, parce que nous n’y trouvons rien à prendre ». Parce que la vie est une négation de la mort, la considérer vivant mène forcément à une impasse. L’homme doit donc s’occuper un peu plus pour y penser un peu moins.

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