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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'objet comme miroir du sujet - Troisième des Causeries de Merleau-Ponty

Sujet-objet-rapport.jpgEn s’interrogeant sur l’unité de toute chose, Merleau-Ponty nous amène à la conclusion que le sujet et l’objet n’ont pas entre eux la distance qu’on leur prête volontiers. Pour commencer, à propos de la chose, celle-ci se donne selon les qualités lui appartenant. Mais chaque qualité se distinguant l’une de l’autre parce que reconnaissable unitairement, qu’est-ce qui permet leur union pour composer la chose dans ce qu’elle est et que l’on perçoit comme telle ? Merleau-Ponty répond que chaque qualité est assortie d’une dimension affective qui nous touche, et cette affectivité appelle les autres qualités. Autrement dit, et citant Sartre, il nous explique que le goût sucré du citron dans la bouche induit la couleur jaune dont se saisit l’œil, et inversement. Chaque qualité, même si elle est distinguable, appartient à toutes les autres qualités d’un même objet, ou bien en est le commencement. Se référant toujours à Sartre, Merleau-Ponty nous livre l’une de ses réflexions contenues dans L’Être et le Néant : « Le citron est étendu tout à travers ses qualités et chacune de ses qualités est étendue tout à travers chacune des autres. C’est l’acidité du citron qui est jaune, c’est le jaune du citron qui est acide ; on mange la couleur d’un gâteau et le goût de ce gâteau est l’instrument qui dévoile sa forme et sa couleur à ce que nous appellerons l’intuition alimentaire […]. » En outre, l’unité de la chose étant d’origine sensible, notre rapport avec elle n’est donc pas totalement anodin. Il n’y a pas de neutralité. Il y a de nous dans chaque chose, et chaque chose emporte avec elle une partie de nous. Merleau-Ponty voit dans le rapport entre sujet et objet « une proximité vertigineuse qui nous empêche de nous saisir comme pur esprit à part des choses ou de définir les choses comme purs objets et sans aucun attribut humain. » Nous existerions ainsi à travers les choses. Ou encore pourrions-nous dire que chaque objet est comme un miroir reflétant une partie du sujet. Nous en apprendrions alors sur chacun bien plus en fixant notre œil sur ce qu’il touche que sur lui.

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