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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Lorsque la science réhabilite le monde sensible - Première des Causeries de Maurice Merleau-Ponty

Merleau-Ponty.jpgLe monde est cpeut-être unique, mais il n’en existe pas moins plusieurs pour ce qui est de le connaître. Le monde du savant n’est pas celui de l’artiste, ou encore le poète voit différemment du philosophe. La perception diffère ainsi du savoir théorique. L’œil n’a pas non plus cette capacité de voir sans instrument l’infiniment petit, ni l’infiniment grand. Il voit de façon générale, globale, sans distinction des particules dont l’agencement produit le réel. Le monde perçu n’est pas celui qui est su. Cette différence conduit au reproche classique de la portée illusoire des sens : toute apparence est fausse. Seule la science, de par son approche méthodique, rigoureuse, serait en mesure d’atteindre les choses sans biais. La cire de Descartes en est la démonstration. Nous pensons la cire comme un morceau, sous une certaine forme, mais la cire existe toujours même si elle perd sa forme. L’essence de la cire échappe à nos sens au fur et à mesure qu’elle se liquéfie bien qu’elle existe toujours. Maurice Merleau-Ponty nous fait part de cette expérience étrange, dans ses Causeries de 1948 et conclut de façon suivante : « Je dis cependant que la même cire est encore là. Comment faut-il donc l’entendre ? Ce qui demeure en dépit du changement d’état, ce n’est qu’un fragment de matière sans qualités, et à la limite une certaine puissance d’occuper de l’espace, de recevoir différentes formes, sans que l’espace occupé ni la forme reçue soient aucune déterminés. Voilà le noyau réel et permanent de la cire. Or il est manifeste que cette réalité de la cire ne se révèle pas aux sens tout seuls, car eux m’offrent toujours des objets d’une grandeur et d’une forme déterminées. La vraie cire ne se voit donc pas par les yeux. On ne peut que la concevoir par l’intelligence. » Apparence et réalité ne sont pas complices. La science elle seule est capable de décomposer ce qui apparaît pour le dissoudre, et ainsi atteindre ce que les sens ignorent. Nous aurions ainsi devant nous une scène que l’œil parcourt, sans se douter de l’arrière-scène, pendant que la science s’invite dans les coulisses. Mais ce ne sont là que les coulisses. La mise en scène échappe toujours un peu à la science parce qu’il est un biais indépassable qui n’est rien moins que le scientifique lui-même. Le chercheur en effet observe toujours selon la position qui est la sienne dans le monde, et cette position n’est jamais absolue. Autrement dit, toute observation scientifique porte avec elle une dose de relativité qui, aussi minime soit-elle du fait des précautions prises, écarte tout savoir purement objectif. Cette limite, c’est la science elle-même qui l’a découverte. Le monde sensible a ainsi été réhabilité par  celle cherchant toujours à l’éviter.

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