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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Etude détaillée et commenté de Les Principes de philosophie, essai de Descartes - Partie II

Retour à la Partie I

Descartes se propose dans son essai Les Principes de philosophie d’établir quels sont les principes qui, inscrits dans la réflexion philosophique, permettent d’atteindre la sagesse, et quelles doivent être leurs qualités, de deux ordres selon lui : « […] la première est qu’ils sont très clairs et la seconde, qu’on en peut déduire toutes les autres choses. » Clarté donc, et distinction. La clarté est atteignable avec le doute en l’employant comme méthode : « Or je prouve aisément qu’ils sont très clairs : premièrement, par la façon dont je les ai trouvés, à savoir en rejetant toutes les choses auxquelles je pouvais rencontrer la moindre occasion de douter ; […] ». Descartes d’ailleurs rappelle qu’en doutant, il est parvenu à déterminer ce qui est selon lui le premier principe fondateur de la science, à savoir qu’il existe, lui, comme sujet, et qu’il est une pensée, parce que pour douter, il faut exister, penser : « Ainsi, en considérant que celui qui veut douter de tout, ne peut toutefois douter qu’il ne soit, pendant qu’il doute, et que ce qui raisonne ainsi, en ne pouvant douter de soi-même et doutant néanmoins de tout le reste, n’est pas ce que nous disons être notre corps, mais ce que nous appelons notre âme ou notre pensée, j’ai pris l’être ou l’existence de cette pensée pour le premier principe […] ». Et Descartes de nous dire quelles ont été ses principales déductions de ce principe, dont la première : « […] à savoir qu’il y a un Dieu, qui est auteur de tout ce qui est au monde, et qui, étant la source de toute vérité, n’a point créé notre entendement de telle nature qu’il se puisse tromper au jugement qu’il fait des choses dont il a une perception fort claire et fort distincte. » L’erreur n’est donc pas divine. La perfection absolue de Dieu, qui est une preuve pour Descartes de son existence, n’a pu engendrer que des facultés intelligibles parfaites. Mais celles-ci peuvent être employées de façon inadéquate, et ainsi l’erreur de jugement est possible. L’on pourrait rétorquer à Descartes que la perfection divine s’est ainsi arrêtée en chemin, en permettant l’erreur, et que donc elle n’a pas l’absoluité requise pour un être tout puissant, d’une supériorité inégalée et inégalable. Mais c’est aussi dans cet écart, entre l’entendement et son emploi, que s’inscrit la liberté humaine. Autrement dit, Dieu n’est-il pas si parfait qu’il ne puisse laisser l’une de ses créatures comme libres, car sinon la liberté manquerait à l’étendue de sa création ?

 

S’agissant du deuxième principe déduit, Descartes nous dit : « Ce sont là tous les principes dont je me sers touchant les choses immatérielles ou métaphysiques, desquels je déduis très clairement ceux des choses corporelles ou physiques, à savoir qu’il y a des corps étendus en longueur, largeur et profondeur, qui ont diverses figures et se meuvent en divers façons. » Cette déduction est essentielle dans la réflexion de Descartes car elle caractérise le fondement du dualisme cartésien : le corps et l’âme ; l’esprit et la matière.

Puis Descartes en vient, dans ce qui lui sert de préface à son essai, à insister sur l’importance de la méthode quant à construire une science nouvelle : « J’ai pris garde, en examinant le nature de plusieurs esprits, qu’il n’y en a presque point de si grossiers ni de si tardifs qu’ils ne fussent capables d’entrer dans les bons sentiments et même d’acquérir toutes les pus hautes sciences, s’ils étaient conduits comme il faut. »  De la méthode donc, voilà ce qui, selon Descartes, manque chez bon nombre d’esprits. Et comme il s’agit, par déduction, en s’appuyant sur des évidences, de découvrir ce qui est, rien n’empêche à quiconque de connaître ce qui est évident : « […] car puisque les principes sont clairs et qu’on n’en doit rien déduire que par des raisonnements très évidents, on a toujours assez d’esprit pour entendre les choses qui en dépendent. » Descartes ainsi démocratise le savoir, il le rend accessible à tous, contrairement aux positions aristocratiques parcourant la pensée antique. Chacun, en tant que créature de Dieu, dispose de la raison, et usant de celle-ci avec méthode, peut atteindre la vérité. Descartes a le mérite de concerner tout le monde par son approche, de lever des barrières qui ne sont qu’illusoires : « […] il arrive presque toujours que ceux qui ont l’esprit modéré négligent d’étudier, pour ce qu’ils n’en pensent pas être capables et que les autres qui sont plus ardents se hâtent trop : d’où vient qu’ils reçoivent souvent des principes qui ne sont pas évidents, et qu’ils en tirent des conséquences incertaines. » Outre la méthode, Descartes en appelle également à la juste mesure, et en ce sens il rejoint Aristote qu’il critiquait préalablement. Il va même jusqu’à donner des conseils pour apprendre, notamment sur un plan moral, Descartes soulevant la nécessité de prendre position moralement alors que l’on ne connait pas encore, car l’apprentissage même s’il n’est pas terminé ne justifie pas une conduite immorale : « Premièrement, un homme qui n’a encore que la connaissance vulgaire et imparfaite qu’on peut acquérir par les quatre moyens ci-dessus expliqués, doit avant tout tâcher de se former une morale qui puisse suffire pour régler les actions de sa vie, à cause que cela ne souffre point de délai, et que nous devons surtout tâcher de bien vivre. » Il s’agit ainsi de se fixer une morale temporaire, provisoire. Même apprenti, il faut bien vivre, et donc vivre bien. Une fois ceci fait, Descartes préconise : « […] il doit aussi étudier la logique […] ; mais celle qui apprend à bien conduire sa raison pour découvrir les vérités qu’on ignore ; et pour ce qu’elle dépend beaucoup de l’usage, il est bon s’exerce longtemps […] ». En filigrane, Descartes propose de sortir de la logique aristotélicienne qu’il considère comme stérilisante sur un plan scientifique car se bornant à catégoriser le réel, donc à fixer la connaissance sans lui laisser la possibilité de progresser. Descartes veut du mouvement, et non l’immuabilité de définitions établies. Ensuite, armé moralement et préparé sur la méthode logique, chacun peut s’engager sur la voie philosophique, en distinguant métaphysique et physique : «Puis […] il doit commencer tout de bon à s’appliquer à la vraie philosophie, dont la première partie est la métaphysique, qui contient les principes de la connaissance, entre lesquels est l’explication des principaux attributs de Dieu, de l’immatérialité de nos âmes, et de toutes les notions claires et simples qui sont en nous. La seconde est la physique, en laquelle, après avoir trouvé les vrais principes des choses matérielles, on examine en général comment tout l’univers est composé […] ». Et Descartes de continuer sur d’autres thèmes d’étude, dans une démarche progressive, jusqu’à comparer, en guise de conclusion, la philosophie à un arbre, « dont les racines font la métaphysique, le  tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale. » Tout le projet cartésien se retrouve dans cette analogie : la philosophie unifie les savoirs, avec pour fin la morale, c’est-à-dire vivre justement, avec sagesse, grâce à la connaissance. Ainsi, Les Principes de philosophie sont autant de fruits que proposent Descartes pour une vie meilleure, y compris sur un plan collectif : « […] les vérités qu’ils (les fruits de l’arbre de philosophie) contiennent, étant très claires et très certaines, ôteront tous sujets de dispute, et ainsi disposeront les esprits à la douceur et à la concorde […] ».

 

Pour conclure cette Lettre de l’auteur à celui qui a traduit, Descartes, non sans une certaine prétention, se pose en chef de file en mettant en perspective sa méthode avec l’avenir de l’humanité : « Je sais bien aussi qu’il pourra se passer plusieurs siècles avant qu’on ait ainsi déduit de ces principes toutes les vérités qu’on en peut déduire, pour ce que la plupart de celles qui restent à trouver, dépendent de quelques expériences particulières, qui ne se rencontreront jamais par hasard, mais doivent être cherchées avec soin et dépense par des hommes fort intelligents ; […] ». Descartes a posé les fondements d’une science nouvelle. A ceux qui lui succèderont, pense-t-il,  d’emprunter la voie qu’il a ainsi ouverte.

 

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