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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Etude commentée et détaillée de Les principes de philosophie, essai de Descartes - Partie I

En 1644, Descartes publie Les principes de philosophie. Il s’agit d’une œuvre de synthèse, en référence aux précédents ouvrages écrits par le philosophe (Méditations métaphysiques ; Discours de la méthode). L’étude qui suit vise à détailler et commenter les idées principales exposées par Descartes. Commençons de suite pour ce qu’il s’agit de la Lettre de l’auteur à celui qui a traduit le livre, s’agissant d’une traduction en français car l’auteur a écrit initialement en latin, s’adressant plus particulièrement aux Jésuites afin que ceux-ci tiennent compte de ses travaux pour leur enseignement au collège.

 

Lettre de l’auteur à celui qui a traduit le livre

 

« J’aurais voulu premièrement y expliquer ce qu’est la philosophie, en commençant par les choses les plus vulgaires, comme sont : que ce mot « philosophie » signifie l’étude de la sagesse, et que par la sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie, que pour la conservation de sa santé et l’invention de tous les arts ; […] ».

 

Avant que de déterminer les principes de la philosophie, Descartes nous dit ce qui est su communément, vulgairement selon ses termes, à savoir que la philosophie ne peut être pensée sans la sagesse. Qu’est-ce donc que la sagesse ? Elle n’est pas que prudence, nous répond le philosophe. La sagesse est plus qu’utile au monde des affaires humaines. Etre sage, c’est connaître, mais pas seulement par intérêt, ni uniquement pour ne pas trop risquer. C’est savoir pour s’assurer une conduite adéquate, se sentir mieux, créer. Mais comment connaître, et quel rôle la philosophie tient-elle dans cette démarche savante ? Descartes nous dit :

« […] et afin que cette connaissance soit telle, il est nécessaire qu’elle soit déduite des premières causes, en sorte que, pour étudier à l’acquérir, ce qui se nomme proprement philosopher, il faut commencer par la recherche de ces premières causes, c’est-à-dire des principes ; […] ».

 

Le projet philosophique de Descartes est donc le suivant : déterminer ce que sont les causes initiales explicatives du réel. La philosophie vise à identifier les principes à l’origine des effets qui se manifestent dans le monde, selon une relation de causalité. Une fois ainsi définie l’implication de la philosophie pour ce qui est de connaître, Descartes nous précise d’après quelles qualités un principe est identifiable, soient l’évidence et l’origine du lien de cause à effet : «  […] et que ces principes doivent avoir deux conditions ; l’une, qu’ils soient si clairs et si évidents que l’esprit humain ne puisse douter de leur vérité, lorsqu’il s’applique avec attention à les considérer ; l’autre, que ce soit d’eux que dépende la connaissance des autres choses, en sorte qu’ils puissent être connus sans elles, mais non pas réciproquement elles sans eux ; […] » . Un principe n‘a donc rien qui le surplomb. Il est un point de départ à partir duquel s’enchaînent des phénomènes, des effets. C’est cette enchaînement, à condition d’être bien au départ, qui autorise l’emploi d’une méthode déductive, c’est-à-dire de découvrir et connaître le singulier en suivant le chemin emprunté par la réalisation d’une généralité : « […] et qu’après cela il faut tâcher de déduire tellement de ces principes la connaissance des choses qui en dépendent, qu’il n’y ait rien en toute la suite des déductions qu’on en fait, qui ne soit très manifeste. »

 

La philosophie, c’est aussi pour Descartes, une caractéristique de l’homme civilisé. Elle empêche la barbarie. : « […] on doit croire que c’est elle seule (la philosophie) qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; […] ». Ainsi, la philosophie, activité individuelle de l’esprit, sert la collectivité, la nation en l’enrichissant culturellement, éloignant l’homme de la barbarie. Est-ce que Descartes pense cet éloignement comme le fait de s’arracher à un état de nature ? Peut-être pas, car Descartes ne voit pas dans la nature de finalité. Ce qui est naturel n’est pas barbare, ni bon, ni mauvais ; il est. La barbarie est un trait humain, culturel d’une certaine façon car distinct des autres vivants que sont les animaux, être naturels par excellence.

 

La philosophie n’est pas non plus la matière aride telle qu’elle est faussement considérée. Elle procure de la satisfaction, du contentement. Bien pauvre est celui qui ne philosophe jamais, comme l’explique Descartes : « C’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; […] » La philosophie ainsi supplante les sens dans la quête du plaisir. On se plaît mieux à découvrir en philosophant que sensiblement. Et philosopher n’est pas un privilège qui serait réservé à quelques uns. La philosophie appartient à tous, à condition de s’en donner les moyens, et c’est d’ailleurs pour Descartes ce qui fait la noblesse de l’âme que de dépasser l’immédiateté de la perception, que d’aller plus loin, ou plus haut, que ce que nos sens reçoivent sans effort : « Il n’y a point d’âme tant soit peu noble, qui demeure si fort attachée aux objets des sens, qu’elle ne s’en détourne quelque fois pour souhaiter quelque autre plus grand bien […] ».

 

S’agissant de la sagesse, Descartes s’interroge sur son contenu, sur sa graduation pour déterminer à quel niveau la philosophie y participe : « Le premier (degré de sagesse) en contient que des notions qui sont si claires d’elles mêmes qu’on peut les acquérir sans méditation. Le second comprend tout ce que l’expérience des sens fait connaître. Le troisième, ce que la conversation des autres hommes nous enseigne. A quoi on peut ajouter, pour le quatrième, la lecture […]. » Quatre degrés de sagesse donc, exposés par Descartes, mais aucun ne concerne la philosophie. C’est que, mise à part la Révélation divine qui, pour Descartes, ne saurait être un degré parmi d’autres, philosopher consiste à viser plus loin que ces niveaux communément acquis. Philosopher, c’est « trouver un cinquième degré pour parvenir à la sagesse, incomparablement plus haut et plus assuré que les quatre autres : c’est de chercher les premières causes et les vrais principes dont on puisse déduire les raisons de tout ce qu’on est capable de savoir ; […] ». Cette dynamique est aussi pour Descartes une recommandation adressée à la science pour viser l’unité. Autrement dit, le cinquième degré est le point de jonction de toutes les connaissances éparses. En philosophant, on unifie ce que l’on sait, on crée un corpus qui est une base solide, stable, à toute science que Descartes souhaite moderne. Le philosophe, en effet, est critique à l’égard de certains de ses illustres prédécesseurs, comme Platon et Aristote : « Les premiers et les principaux dont nous ayons les écrits sont Platon et Aristote, entre lesquels il n’y a eu autre différence sinon que le premier, suivant les traces de son maître Socrate, a ingénument confessé qu’il n’avait encore rien pu trouver de certain et s’est contenté d’écrire les choses qui lui ont semblé être vraisemblables, imaginant à cet effet quelques principes par lesquels il tâchait de rendre raison des autres choses ; au lieu qu’Aristote a eu moins de franchise, et bien qu’il eut été vingt ans son disciple, et n’eut point d’autres principes que les siens, il a entièrement changé la façon de les débiter, et les as proposés comme vrais et assurés, quoi qu’il n’y ait aucune apparence qu’il les ait jamais estimé. » La critique est sévère, mais Descartes cherche surtout à distinguer deux types de positions philosophiques, deux réactions, par rapport à la constitution d’une science nouvelle, à savoir ceux qui affirment que la vérité est inaccessible et qui de la sorte se maintiennent continuellement dans le doute, et ceux qui prétendent connaître sans difficulté avec les sens. Pour Descartes, ni l’une, ni l’autre de ces deux positions n’est acceptable parce que toutes deux ne dépassent pas le champ de connaissance sensible. Selon lui, seul l’entendement, avec le doute pour méthode et non comme conclusion, autorise la création d’une science nouvelle. Les qualités sensibles pour Descartes ne peuvent être des principes expliquant le monde. Une qualité, ou encore une caractéristique, ne peut être, selon lui, le point de départ d’un enchaînement causal, comme par exemple à propos de la pesanteur : « […] l’expérience nous montre bien clairement que les corps qu’on nomme pesants descendent vers le centre de la terre, nous ne connaissons point pour cela quelle est la nature de ce qu’on nomme pesanteur, c’est-à-dire de la cause ou du principe qui les fait ainsi descendre, et nous le devons apprendre ailleurs. » Et Descartes de nous avertir que dans une démarche déductive, si le principe initial n’est pas identifié clairement, la conclusion ne peut être qu’erronée.

 

Suite : Partie II

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