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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La tragédie au service de la comédie...ou la perspective de la mort pour préserver l'être devant la fonction

Tragedie-comedie.jpgUn peu de fard, du tissu, une posture adoptée, une attitude empruntée, des gestes assimilés, nous voici dans notre rôle. Chacun joue une fonction. La vie est une comédie, la mort une tragédie. Quoi de pire alors que de vivre une existence tragique ? C’est se faire voler en quelque sorte le temps qui nous est compté. C’est passé à côté de soi. Les autres peuvent être responsables de cela, mais on l’est bien souvent seul. Combien de fois la fonction ne dépasse-t-elle pas l’être ? Combien de fois ne s’oublie-t-on pas dans des considérations sociales pour ne plus être soi-même ? Laissons, sur ce sujet la parole à Montaigne : « La plupart de nos vocations sont farcesques. Le monde entier joue la comédie. Il faut jouer dûment notre rôle, mais comme le rôle d’un personnage emprunté. Du masque et de l’apparence, il n’en faut pas faire une essence réelle, ni de l’étranger le propre. Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. C’est assez de s’enfariner le visage sans s’enfariner la poitrine. J’en vois qui se transforment et se transsubstantient en autant de nouvelles figures et de nouveaux êtres qu’ils entreprennent de charges, et qui se prélatent jusqu’au foie et aux intestins et entraînent leur office jusqu’en leurs garde-robes. » Montaigne ainsi nous apprend qu’il y a l’essence et la fonction. Que la seconde domine la première et c’est alors l’orgueil qui nous anime, avec le mépris en toile de fond. Il faut donc être en mesure de se préserver, d’être capable de conserver toute la distance suffisante entre soi-même et ce que l’on est socialement.  Il faut être comme cet acteur qui fait ressentir des émotions sans les éprouver lui-même, qui revient à lui dès lors que tombe le costume. Diderot ne dit pas autrement à propos du comédien : « Les larmes du comédien descendent de son cerveau, celles de l’homme sensible montent de son cœur. » Cette distance portant n’est pas donnée. Elle est un effort. Un travail harassant suffit à la réduire comme peau de chagrin, avec le risque que la fonction devienne esprit. Le pouvoir également, avec toutes les perspectives qu’il suppose, peut capter l’être au profit d’inclinaisons dominatrices. L’essence humaine s’efface devant le tyran. La distance donc, est plus que nécessaire à chacun pour faire que cette humanité qui nous concerne tous devance toutes les inégalités sociales. Nous sommes tous faits du même bois, ou pour reprendre Montaigne, nous partons chacun en nous la condition humaine. Qu’est-ce qui peut assurer cette distanciation ? Se savoir mortel ! La mort en effet est la seule issue qui donne toute sa force au relativisme. Ainsi, la tragédie est au service de la comédie.

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