Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La science impossible avant que d'avoir vécu...ou la phénoménologie d'après Merleau-Ponty

Merleau-Ponty-phenomenologie.jpgL’expérience avant la science, le vécu précédant la théorie, tel est le message de Merleau-Ponty lorsque celui-ci définit la phénoménologie, dans son essai Phénoménologie de la perception : « Tout ce que je sais du monde, même par science, je le sais à partir d’une vue mienne ou d’une expérience du mode sans laquelle les symboles de la science ne voudraient rien dire. Tout l’univers de la science est construit sur le monde vécu et si nous voulons penser la science elle-même avec rigueur, en apprécier exactement le sens et la portée, il nous faut réveiller d’abord cette expérience du monde dont elle est l’expression seconde. » La science ainsi n’est pas en dehors du monde, elle ne le supplante pas non plus, mais le décrit. Le réel est son objet et c’est la perception que l’on en a qui permet cette description. Le monde se laisse en quelque sorte afficher, mais il est bien présent avant toute analyse : « J’ai commencé de réfléchir, ma réflexion est réflexion sur un irréfléchi, elle ne peut pas s’ignorer elle-même comme évènement, dès lors elle s’apparaît comme une véritable création, comme un changement de structure de la conscience, et il lui appartient de reconnaître en deçà de ses propres opérations le monde qui est donné au sujet parce que le sujet est donné à lui-même. Le réel est à décrire, et non pas à construire ou à constituer […] ». La phénoménologie est cela : la science, la réflexion, sont observation de ce qui se passe dans le monde, de ce qui est perçu par celui qui appartient lui-même à l’objet observé. On ne réfléchit pas non plus en dehors du réel ; on ne peut donc pas prendre un recul absolu sur ce qui est, comme pour s’en extraire pour mieux le découvrir. Je réfléchis donc avec l’expérience, celle-ci est omniprésente. Je ne me retire jamais absolument du réel. Ainsi, la science est affaire d’interprétation en donnant du sens à ce qui apparaît. Avec la phénoménologie, on comprend que dans toute démarche ontologique visant le monde, les choses, tout ce qui est, il y a forcément de soi, il y a de l’intentionnalité pour reprendre Husserl à propos de la conscience ; il y a de la subjectivité. Point d’essence pure donc selon la phénoménologie, car le monde se comprend à partir des phénomènes qui sont ses manifestations perçus dans un rapport entre sujet et objet : « Le monde phénoménologique, c’est non pas de l’être pur, mais le sens qui transparaît à l’intersection de mes expériences et à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui, par l’engrenage des unes sur les autres ; il est dont inséparable de la subjectivité et de l’intersubjectivité qui font leur unité par la reprise de mes expériences passées dans mes expériences présentes, de l’expérience d’autrui dans la mienne. » L’expérience est tout : elle est le terrain où se manifeste le monde, produisant des phénomènes qui sont perçus, comme des messages que seule la conscience peut interpréter, s’agissant d’une interprétation qui engage irrémédiablement le sujet. Réfléchir est permis avec l’expérience car celle-ci donne tout : le sujet réfléchissant et l’objet réfléchi. On ne peut ainsi tirer aucun résultat avant que d’avoir vécu.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article