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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La philosophie est policière...ou une définition de la philosophe par Emile Chartier, dit Alain

Emile-Chartier.jpgAlain, de son vrai nom Emile Chartier, nous livre dans Eléments de philosophie, sa vision de ce qu’est philosopher, en précisant d’abord quel est selon lui le but de la philosophie : « L’on voit qu’elle vise toujours à la doctrine éthique ou morale, et aussi qu’elle se fonde sur les jugements de chacun, sans autre recours que le conseil des sages. » Mais Alain prévient de suite, à la manière de Socrate, que le philosophe n’est pas omniscient ; il ne sait pas tout, loin de là, mais ce qui le détermine et le distingue en tant que philosophe, c’est qu’il a connaissance d’être limité pour ce qui est de savoir, et se sachant limité, cela donne plus de valeur à ce qu’il connaît vraiment : « Cela n’enferme pas que le philosophe sache beaucoup, car un juste sentiment des difficultés et le recensement exact de ce que nous ignorons peut être un moyen de sagesse ; mais cela enferme que le philosophe sache bien ce qu’il sait, et par son propre effort. » Sur quoi d’ailleurs portent ces connaissances ? Alain répond les passions et leurs causes. S’agissant de ces dernières, il nous dit qu’elles sont de deux ordres : « […] il y a des causes mécaniques contre lesquelles nous ne pouvons pas beaucoup, quoique leur connaissance soit de nature à nous délivrer déjà, comme nous le verrons ; il y a des causes d’ordre moral, qui sont des erreurs d’interprétation […] ». La philosophie aide ainsi à mieux connaître et donc cerner ces causes qui font que moralement nous agissons d’une certaine façon et qu’ainsi, pour partie, nous sommes producteurs de nos passions. Cela ne signifie pas qu’il suffit de philosopher pour maîtriser toute poussée ou influence passionnelle. Mais les passions étant certes le résultat de mécanismes corporels nous échappant, elles sont aussi par interprétations, selon ce que fait l’esprit des choses qui l’entoure. De là, Alain décèle ce qu’est véritablement la finalité de la philosophie : « Toute connaissance est bonne au philosophe, autant qu’elle conduit à la sagesse ; mais l’objet véritable est toujours une bonne police de l’esprit. » La philosophie est donc policière, en étant un rempart contre les jugements à l’emporte pièce. Elle refoule ce qui n’est qu’obscurantisme, superstition. Elle critique toute connaissance qui se prétend comme telle alors que celle-ci n’est qu’exclusivement personnelle. On ne maîtrise pas tout, nous l’avons dit, mais on peut aussi ne pas s’abandonner à des passions qui brouillent l’esprit jusqu’à ce que le corps en subisse les effets. La philosophie tient sa force dans la critique. Elle vise l’immédiat et l’instantané pour les critiquer, et obtenir de cette pression sur ce qui est immédiatement, une meilleure approche. Le résultat ? La sagesse peut-être, ou à tout le moins être un peu plus sage : « On appelle réflexion ce mouvement critique, qui de toutes les connaissances revient toujours à celui qui les forme, en vue de le rendre plus sage. » La philosophie ainsi n’est pas qu’une excitation à la curiosité. En aidant à mieux connaître, elle donne de la matière à la morale. Elle permet de mieux cerner ce dont nous avons besoin pour décider et donc de subir un peu moins.

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Heudier 04/06/2015 11:55

La photo qui accompagne l'article sur Alain est en fait un portrait de son élève Louis Canet.
Bien cordialement,
PH Association des amis d'Alain