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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La certitude pour Bergson contre la vérité - Commentaires sur L'énergie spirituelle, Chapitre I, La conscience et la vie

La-conscience-et-la-vie-Bergson-Texte-1.jpgQu’il est bon de lire, ou relire, Bergson ! M’engageant dans la lecture de son œuvre L’énergie spirituelle, alors que le premier chapitre sur la conscience et la vie s’ouvre à peine devant moi, je m’arrête déjà à la fin d’une première partie où tant est dit. Car il s’agit ni plus ni moins d’un projet philosophique dont Bergson fait état. Ce projet, il le construit à partir d’un constat, ou plutôt d’une critique à propos de la réflexion systématique. Bergson n’apprécie pas les systèmes construits sur des principes abstraits, par trop éloignés selon lui du réel. Premièrement, cette approche intellectuelle du monde évite les vraies questions : « D’où venons-nous ? que sommes-nous ? où allons-nous ? Voilà des questions vitales, devant lesquelles nous nous placerions tout de suite si nous philosophions sans passer par les systèmes. [1]» Le système nous écarte ainsi du réel. Il nous plonge dans des abstractions qui détournent le regard du vivant, alors que la philosophie est avant tout une interrogation du vivant. Deuxièmement, une philosophie par trop conceptuelle, dont l’énoncé est suffisamment général pour embrasser toute probabilité et ainsi s’accordant à toute observation, donc une philosophie qui ne dit rien ou très peu, est confortable pour son auteur aux yeux bergsoniens. Tout et son contraire observé validera ce qui a été proposé précédemment compte tenu d’un contenu par trop vague, ou vaste. La pensée systématique peut être tautologique. Les procédés logiques sont aussi plus aisément applicables sur quelques spéculations abstraites que sur des objets réels : « Comme d’autre part, rien n’est plus aisé que de raisonner géométriquement, sur des idées abstraites, il construit sans peine une doctrine où tout se tient, et qui paraît s’imposer par la rigueur. [2]» Le raisonnement prime sur la chose raisonnée. La démarche intellectuelle impressionne et alors son auteur s’en voit félicité par le crédit qu’on lui témoigne. Bâtissons des principes, pour ensuite les appliquer au réel ! On verra par la suite si le réel s’accorde à ces principes, et non l’inverse. C’est en quelque sorte au monde de s’adapter aux productions de l’esprit…Sauf que le monde ne nous a pas attendus pour être. On peut certes admettre qu’il existe grâce à la conscience que l’on peut en avoir, mais cette existence ne concerne que nous autres, les hommes. Bergson est plus modeste que le métaphysicien, mais cette modestie n’a d’égale que la sagesse de sa pensée : « Combien serait préférable une philosophie plus modeste, qui irait tout droit à l’objet sans s’inquiéter des principes dont il paraît dépendre ! [3]» C’est ainsi que Bergson ne prétend pas atteindre la vérité, mais une certitude. Le projet philosophique qu’il envisage tient dans cette nuance : observer le réel pour l’analyser, y distinguer des récurrences, des points communs, des directions, et à partir de là converger vers des probabilités dont le champ sera rétréci au fur et à mesure que chacun apportera le fruit de son travail empirique et réflexif. Il faut marcher, avancer vers une certitude, au lieu de s’arrêter devant une vérité. Et on avance jamais mieux qu’ensembles, en s’appuyant sur des chemins déjà parcourus par d’autres, en s’orientant grâce à quelques empreintes laissées ici ou là, en ouvrant aussi des voies pour les suivants. Bergson nous propose de ne pas philosopher seul.

 

[1] Edition électronique « L’énergie spirituelle », page 8.

[2] Ibid, page 8.

[3] Ibid, page 8.

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