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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'harmonie du corps et de l'esprit comme le mélange des couleurs - Seconde des Causeries de Merleau-Ponty

Harmonie-corps-esprit.jpgLa peinture moderne rompt avec l’art classique et en même temps nous en apprend un peu plus sur nous-mêmes, ce que nous dit Merleau-Ponty dans ses Causeries. Tout comme les mathématiques, la peinture a évolué pour la figuration de l’espace. Alors que classiquement la perspective était l’axe incontournable pour la production d’une œuvre, peu à peu celle-ci s’est estompée, avec les avant-gardistes, pour laisser place à de nouveaux procédés artistiques. Auparavant, le dessin précédait les couleurs. L’art moderne a inversé ce rapport. Et cette inversion résulte d’une approche plus réaliste des mécanismes de perception du monde par l’homme. A propos de cette variation, Merleau-Ponty cite Cézanne : « L’enseignement classique distingue le dessin et la couleur : on dessine le schéma spatial de l’objet, puis on le remplit de couleurs. Cézanne au contraire dit : « à mesure qu’on peint, on dessine » - voulant dire que ni dans le monde perçu ni sur le tableau qui l’exprime le contour et la forme de l’objet ne sont strictement distincts de la cessation ou de l’altération des couleurs, de la modulation colorée qui doit tout contenir : forme, couleur propre, physionomie de l’objet, rapport de l’objet aux objets voisins. Cézanne veut engendrer le contour et la forme des objets comme la nature les engendre sous nos yeux : par l’arrangement des couleurs. » Ainsi, la perspective ne peut résister au mélange des couleurs, ni non plus au mouvement de l’observateur. Un paysage n’est jamais figé totalement, pas seulement parce que la vie le parcourt, mais aussi du fait qu’il est observé et que toute observation dépend d’un point de vue. Merleau-Ponty nous indique également que la perception de toute partie du monde s’inscrit dans la durée ; même si la nature se donne entièrement, il faut du temps pour la recevoir. Les choses ne nous arrivent pas simultanément, comme s’il s’agissait d’une page imprimée. Il faut au contraire tourner chacune des pages du réel pour s’en faire une représentation. La peinture moderne a ainsi le mérite d’approcher un peu plus véritablement, ou moins faussement, ce qui est, abandonnant toute approche par trop géométrisante des choses. La nature a horreur du vide dit-on. Elle ne connaît pas non plus de ligne droite. La peinture moderne vise donc plus le cœur que l’intelligence. Cette préférence est aussi ce qui fait dire à Merleau-Ponty que « l’homme n’est pas un esprit et un corps mais un esprit avec un corps ». Il n’y a ainsi aucun antagonisme à professer dans la distinction du corps et de l’esprit, mais plus à concevoir une harmonie entre les deux, à la manière des couleurs qui se mélangent et s’accordent pour donner à l’œil le monde qui l’englobe.

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