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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Tirez l'épingle du jeu avant de conclure la partie - Un commentaire du texte Bucéphale, extrait des Propos sur le bonheur écrits par le philosophe Alain

Bucephale-alain-propos-sur-le-bonheur.jpgLa passion est bien souvent ce qui nous guide dans notre jugement sur les êtres ou les choses. Il est plus facile de l’écouter que de raisonner, plus rapide d’obtenir son avis que d’aboutir à une conclusion raisonnable. Mais ce ne serait ainsi que céder à la facilité et à la précipitation que d’accorder à la passion l’entièreté d’une démarche vivant à comprendre et caractériser ce qui est. D’ailleurs, la véritable cause de toute chose ne saurait être vue par l’œil passionné, comme le dit Alain dans son texte Bucéphale, extrait de ses Propos sur le bonheur, en prenant comme exemple l’empereur Alexandre qui dompta un cheval fougueux après avoir compris que l’indocilité de la monture n’était pas caractérielle, comme certains l’affirmaient trop rapidement, mais résultait d’une peur : « Ainsi l’élève d’Aristote savait déjà que nous n’avons aucune puissance sur les passions tant que nous n’en connaissons pas les vraies causes ». A ce titre, la peur est à classer dans ce qui bien souvent est incompris. On tente vainement de la raccrocher à un danger précis, alors que comme l’explique Alain, « […] la moindre surprise fait peur, sans aucun danger, par exemple un coup de pistolet fort près, et que l’on n’attend point, ou seulement la présence de quelqu’un que l’on n’attend point ». La surprise serait donc la cause réelle des peurs, et l’homme surpris réagit bien plus qu’il ne devrait. Interloqué, il se réfugie dans l’excès : « Ce n’est pas une circonstance favorable lorsqu’un homme est brusquement rappelé de son loisir et de son repos ; il se change souvent et se change trop. Comme un homme réveillé par surprise, il se réveille trop ». Attention dès lors à porter un avis sur un homme excessif, car ce qu’il fait dans un état de tension n’est pas ce qui le caractérise le plus. L’excès conduit en quelque sorte à un surmoi qui traduit une déviation de la personnalité par rapport à un état normal et identitaire. Ne pas retraiter les élans excessifs pour qualifier celui qui en est animé, amène à des conclusions hâtives et éloignées de la vérité le concernant. Il convient, comme le recommande Alain, de chercher l’épingle, soit la « cause réelle de tout », avant que de conclure à la hâte sur des effets : « Mais ne dites jamais que les hommes sont méchants ; ne dites jamais qu’ils ont tel caractère. Cherchez l’épingle ».

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