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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'honnêteté de l'homme absurde selon Camus - Commentaires et explications du chapitre III - Le mythe de Sisyphe - Albert Camus

Camus-homme-absurde.jpgCamus n’est pas le premier à avoir pensé l’absurde. D’autres avant lui s’y sont essayés, et aussi divers soit le contenu de leurs réflexions, tous ont le point commun d’avoir été saisi par le sentiment de l’absurde. Mais un sentiment ne définit pas, comme nous le dit Camus au début du Chapitre III de son essai Le mythe de Sisyphe : « Le sentiment de l’absurde n’est pas pour autant la notion de l’absurde. Il la fonde, un point c’est tout. » Camus distingue néanmoins ce qui produit l’absurde, soit la confrontation entre la raison humaine qui cherche à tout expliquer et le monde qui ne lui révèle rien. Ainsi, l’absurde n’est ni dans l’homme, ni dans le monde, mais dans le rapport qui les unit : « Sur le plan de l’intelligence, je puis donc dire que l’absurde n’est pas dans l’homme (si une pareille métaphore pouvait avoir un sens), ni dans le monde, mais dans leur présence commune. Il est pour le moment le seul lien qui les unisse. » Admettons que l’homme meurt, il n’y a alors plus d’absurde, tout comme il n’est pas possible de penser l’absurde en dehors du monde. Camus insiste aussi sur l’idée d’une lutte entre la volonté de savoir et le silence en retour. Il est convaincu que ce combat est sans espoir, ce qui ne veut pas dire qu’il soit désespéré, mais plutôt que la raison restera insatisfaite : « Et poussant jusqu’à son terme cette logique absurde, je dois reconnaître que cette lutte suppose l’absence totale d’espoir (qui n’a rien à voir avec le désespoir), le refus continuel (qu’on ne doit pas confondre avec le renoncement) et l’insatisfaction consciente (qu’on ne saurait assimiler à l’inquiétude juvénile). » Il n’y dons pas lieu de renoncer selon Camus. D’ailleurs, nous dit-il, un homme qui prend conscience de l’absurde ne peut plus y échapper. Que peut-il faire dès lors ? Camus oppose cette question aux interprétations faites par des penseurs dont le constat initial est identique au sien, mais qui fuient devant cette interrogation. Jaspers, par exemple, cède à l’idée de transcendance, pour livrer une explication de ce qui à l’origine lui était inexplicable. Un être transcendant expliquerait tout, dans un principe unique, une « unité inconcevable du général et du particulier ». Pour Camus, il s’agit là d’un saut, car aucun enchainement logique n’atteste cette conclusion. Jaspers divinise ce qu’il ne peut expliquer, et cette divinisation ne lui est pas spécifique, mais concerne également d’autres penseurs : « Par un raisonnement singulier, partis de l’absurde sur les décombres de la raison, dans un univers fermé et limité à l’humain, ils divinisent ce qui les écrase et trouvent une raison d’espérer dans ce qui les démunit. Cet espoir forcé est chez tous d’essence religieuse. » Ainsi, la raison ne peut pas tout, et pour beaucoup Dieu comble ce manque, car il en va de l’espoir. Peu importe la forme que revêt le divin. Le constat est là. Pour Camus, il s’agit d’une dérobade, comme pour Chestov, pour qui il existe quelque chose au dessus-de la raison expliquant tout. Camus, lui, considère que seule la raison demeure, avec ses limites. Ainsi, l’homme absurde ne saute pas. Il reste lucide, et cette lucidité le conduit à considérer l’absence d’espoir. La raison ne peut pas tout, et elle s’inscrit dans la relativité. L’homme absurde ne démissionne pas non plus ; il ne cherche aucune fuite d’essence religieuse, comme le fait Kierkegaard en analysant l’absurde comme une voie menant vers un autre monde. L’absurde selon Camus est un résidu de notre monde, car il n’en existe qu’un seul, celui dans lequel on se trouve. Même la phénoménologie d’Husserl le déçoit. Il ne comprend pas que la raison puisse raisonner ce qui initialement était présenté comme irrationnel. Husserl en effet nous dit que la conscience permet à la pensée de saisir le réel, mais qu’aucun principe unique ne peut être déduit de cette prise de conscience. Camus admet concernant la phénoménologie qu’elle « rejoint la pensée absurde dans son affirmation initiale qu’il n’est point de vérité, mais seulement des vérités. » Ainsi, la conscience éclaire ce qui existe, mais ne dit pas pourquoi cela existe. La conscience est comme un projecteur ; elle met en lumière, selon l’intention, mais ne dit rien du scénario. Ce postulat ne s’écarte guère de la pensée absurde. Sauf qu’en poursuivant, Husserl nous dit qu’il existe des essences extratemporelles, comprises dans chaque chose. La vérité certes n’existe pas sous un format unique, mais elle est infinie, et éternel. Pour Husserl, il y a de l’éternité dans chaque chose, ce qui est inconcevable pour Camus. Pour lui, il ne s’agit que d’abstraction s’associant au divin pour consoler une pensée insatisfaite.

 

L’homme absurde est celui qui sait qu’il ne peut tout connaître. Il reconnaît que la raison est limitée, et c’est l’absurde qui le démontre : « L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites. » Camus ne veut pas être consolé par des considérations qui n’ont aucun fondement raisonnable. Il se fixe sur une évidence : tout ne s’explique pas. Dès lors, il s’interroge. Peut-on vivre avec cette idée ? Oui, ou non ; toute autre réponse n’est que fuite. Pour Camus, se maintenir près de l’absurde sans s’y dérober est une preuve d’honnêteté.

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Palakin 25/10/2010 23:30


Quand pourrons nous profitez de la suite de la lecture? Ces commentaires suivis qont d'une grande richesse, très agrables à lire, et permetent de lire Camus avec un autre regard, ou tout simplement
avec plus d'acuité.
C'est donc avec intér^t que je lirais les prochaines analyses, en espérant qu'elles arrivent!
Merci!