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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Aristote et l'art...ou l'art qui élève la conscience et purifie l'âme

Aristote-art-poetique-philosophie.jpgL’art pour Aristote est avant tout une production dont la dimension artistique ne se trouve pas dans l’œuvre elle-même, mais dans la main de l’artiste, dans le geste dirions-nous. C’est ce qui la différencie de la nature qui est sa propre cause, sans rapport avec autre chose. Cette détermination, Aristote nous en fait part dans Métaphysique : « Les productions de l’art, ce sont toutes celles dont la forme est dans l’âme de celui qui produit (j’appelle forme l’être de chaque chose, sa substance première). » Aristote distingue également une autre différence entre l’art et la nature, à savoir que le premier en tant qu’activité humaine induit la raison, alors que la seconde résulte d’une dynamique instinctive. Il y a pour le philosophe grec de la nécessité dans la nature, alors que l’œuvre artistique est contingente. Mais au-delà de cette comparaison, Aristote s’interroge sur le rôle de l’art et la manière de le produire. Autrement dit, à quoi sert l’art et sur quelle base peut-on dire d’une création qu’elle est artistique ou ne l’est pas. Sur la raison d’être de l’art, Aristote considère qu’il s’agit d’une entreprise destinée à montrer le vrai, cette visée ayant une finalité morale et éducative, en permettant au spectateur de voir ce que seul il n’aurait pas vu et d’adapter son comportement en conséquence. L’artiste serait ainsi un élévateur de conscience. Mais de quel moyen dispose-t-il pour faire ainsi ? L’imitation nous répond Aristote, et ce quelque soit la forme artistique : « De même que certains imitent par les couleurs et le dessin bien des choses dont ils nous tracent l’image, de même que les autres imitent par la voix […] tous réalisent l’imitation par le rythme, le langage, la mélodie combinés ou non. Par exemple, le jeu de flûte, de la cithare et les autres arts qui ont le même effet, comme le jeu de la syrinx, imitent en recourant seulement à la mélodie et au rythme, et la danse imite à l’aide du rythme sans mélodie ; car les danseurs aussi, à l’aide des rythmes que traduisent les danses, imitent des caractères, passions et actions. »

 

L’artiste est ainsi celui qui se saisit d’une part du réel et la restitue. Mais l’art consiste aussi à mettre de soi dans cette restitution sans pour autant déformer, l’imitation n’étant pas une copie. L’art est donc une représentation du réel qui s’exonère de la réalité. C’est d’ailleurs cette exonération qui permet ensuite d’éduquer et d’éveiller la conscience. Reproduire fidèlement ne serait guère d’une grande utilité, n’apportant rien de plus à celui qui regarde. Par contre, figurer distinctement ce qui est, en dépouillant la réalité de tout superflu qui contrarie la vision, tel est pour Aristote l’enjeu de l’artiste. Ce dépouillement peut même conduire celui-ci à représenter ce qui devrait être, et dès lors l’art passe du réalisme à l’idéalisme. L’art ainsi éduque en montrant différemment ce qui est vu, il élève les esprits tant intellectuellement que moralement. Il purifie en quelque sorte. Cependant, pour Aristote, l’art n’est pas seulement cela. Il voit dans la relation entre l’art et le spectateur un moyen pour ce dernier de se délivrer de ses maux. En effet, la tragédie permettrait de servir au spectateur des émotions fortes qui soigneraient les troubles de son âme. Une représentation tragique serait un soin du mal par le mal, une façon pour l’homme troublé d’extérioriser son mal-être en même temps qu’il s’émeut du drame qui secoue le héros, permettant l’expression d’une douleur personnelle. La tragédie est donc une représentation de la condition humaine permettant de se soulager, mais aussi de réfléchir sur soi. L’incompréhension et le désarroi d’Œdipe par exemple, lorsqu’il découvre qu’il est à la fois le meurtrier de son père et l’époux de sa mère, résument toutes les interrogations qui nous soulèvent. Qui suis-je ? Suis-je responsable de tout ou alors ne suis-je que la marionnette d’une volonté supérieure ?

 

Comme Platon, Aristote s’interroge également sur ce qu’est le beau. Sa réponse est différente de celle de son maître. Le beau selon lui s’apprécie dans la restitution, une fois la production achevée, et non comme une essence éternelle. La beauté selon Aristote s’établit dans la forme de la représentation, à savoir que l’œuvre est belle à condition d’être proportionnée, si les mesures sont en adéquation avec le réel figuré. La nature selon Aristote est harmonieuse, l’œuvre doit l’être aussi, y compris dans des domaines qui ne sont pas artistiques, comme la politique par exemple. Une cité est belle à condition que le nombre de citoyens qui la peuplent soit approprié par rapport à l’étendue. Aristote pose ainsi les bases de l’esthétique grecque, à savoir la proportion, la symétrie, la juste mesure, comme référence pour toute qualification de la beauté.

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