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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le doute cartésien et la naissance de l'humanisme - Entretien Luc Ferry

Doute.Cartesien.jpgLes révolutions scientifique (Galilée, Descartes, Newton), économique (naissance du capitalisme) et sociale (développement urbain) donnent naissance au XVIIème et XVIIIème siècle à l’individu moderne. Celui-ci s’émancipe peu à peu de la cosmologie grecque, mais aussi des superstitions véhiculées dans les campagnes. L’esprit critique, qui consiste à ne pas accepter d’idée sans que la raison s’en saisisse pour en valider le bien-fondé, se développe. Les dogmes religieux sont ainsi remis en cause, ce qui ne manque pas d’embarrasser les autorités ecclésiastiques. Mais en conséquence, l’homme dont l’esprit s’éclaire se retrouve bientôt seul, sans certitude sur la bienveillance d’un Dieu protecteur et rédempteur, ni croyance en une vision harmonieuse du monde. Le doute s’installe dans les milieux pensants, avec notamment Descartes qui devient le héraut d’une philosophie radicale en proposant de faire table rase du passé en ce qui concerne les connaissances acquises. Avant lui déjà, un poète anglais du nom de John Donne écrivait en 1611 :

« La philosophie nouvelle rend tout incertain

L’élément du feu est tout à fait éteint

Le soleil est perdu et la Terre ; et personne aujourd’hui

Ne peut plus nous dire où chercher celle-ci

Les hommes confessent franchement que ce monde est fini. »

 

La philosophie est donc devenue inconvenante à l’égard des institutions. L’éducation, les traditions, l’Eglise sont critiquées. Tocqueville dira plus tard que cette période de doute portait en elle les germes de la Révolution française. La science ancienne n’est pas non plus ménagée par la critique. La thèse d’un monde déterminé selon un ordre harmonieux ne survivra pas au renouveau intellectuel. Science, philosophie, religion sont donc toutes contestées, générant ainsi une crise de civilisation sans précédent dans l’histoire occidentale. L’homme est désemparé devant l’effondrement de vérités séculaires. Il lui faut donc très vite d’autres principes sur lesquels fonder une spiritualité, sans pour autant modifier les piliers des précédentes thèses, soient la connaissance du monde, la morale et une doctrine du salut. Ainsi, la philosophie qui naît est l’humanisme, laquelle place l’homme au centre de toute réflexion, en lui reconnaissant un statut particulier qui le distingue au sein de son environnement et légitime une position anthropocentriste. L’homme redevient ainsi le terreau d’une pensée nouvelle.

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