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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Forces actives contre forces réactives, ou Nietzsche contre Socrate - Entretien de Luc Ferry

Reaction-action-nietzsche.jpgDans le monde chaotique tel que Nietzsche le définit, soit la confrontation permanente de forces antagonistes, le penseur allemand en distingue deux types : les forces réactives et celles qu’ils qualifient d’actives. La première catégorie n’existe que par opposition à la seconde. La réaction consiste en effet à se positionner contre ce qui est. Pour Nietzsche, la recherche de la vérité, que le procédé soit scientifique ou philosophique, suit cette logique par la réfutation systématique des idées qui la précède. Nietzsche s’en prend notamment à Socrate, qu’il considère comme le fossoyeur de l’imaginaire grec, et responsable de l’éclosion du platonicisme hyper-rationaliste, à l’opposé de la création et de l’affirmation des instincts. Le philosophe au marteau décrit Socrate comme quelqu’un chez qui « tout […] est exagéré, bouffon, caricatural ; et où tout est en même temps, plein de cachettes, d’arrière-pensées, de souterrains » (Le Crépuscule des idoles – Nietzsche). La morale socratique ne serait ainsi pas innocente, mais elle est un refuge pour d’autant refouler le tragique qui parcourt l’existence. Selon Nietzsche, la pensée de Socrate et sa façon de détruire méthodiquement les opinions de ses interlocuteurs s’apparentent à une négation de la vie. Nietzsche ira même jusqu’à écrire à propos de la mort de Socrate : « Socrate voulait mourir : ce ne fut pas Athènes, ce fut lui-même qui se donna la ciguë ; il força Athènes à lui donner… » (Le Crépuscule des idoles – Nietzsche).

Nietzsche qualifie également de démocratique la quête de la vérité, ce qui chez lui constitue bien plus un rejet qu’une approbation. En effet, il considère la démocratie comme le triomphe des forces réactives en se proposant comme système politique porteur d’une vérité qui se veut applicable à tous, donc en réaction contre toute esprit et sensibilité individuels : « Nous qui nous réclamons d’une autre foi, nous qui considérons la tendance démocratique non seulement comme une forme dégénérée de l’organisation politique, mais comme une forme décadente et diminuée de l’humanité, qu’elle réduit à la médiocrité et dont elle amoindrit la valeur, où mettons-nous notre espérance ? » (Par-delà bien et mal – Nietzsche). La démocratie serait ainsi réductrice en opposant à l’initiative individuelle, un projet collectif dit rationnel. Nietzsche perçoit en outre dans le programme démocratique une dimension religieuse, la naissance d’une nouvelle idole rompant une fois encore avec l’expression des passions, soit l’abattement des forces actives. Celles-ci, contrairement à la réaction, existent par elles-mêmes, sans qu’il leur faille s’appuyer sur l’existant. Pour Nietzsche, la meilleure représentation de ce que sont les forces actives correspond à l’art. L’artiste en effet est tendu vers la création pour poser sur son œuvre les valeurs qui sont les siennes, sans qu’il soit contraint de démontrer la véracité de son ouvrage. L’art n’a pas besoin de se justifier, ni de prétendre avoir raison. En cela, il diffère de la réaction, lui est supérieur, car comme l’énonce Nietzsche dans le Crépuscule des idoles, « ce qui a besoin d’être démontré ne vaut pas grand-chose ».

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