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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Des secondes pour tuer le temps

Tuer-le-temps.jpgComme il est bon de tuer le temps. Non qu’il s’agisse de paresse. Celle-ci d’ailleurs est, je pense, une faiblesse. C’est ce qui la différencie du repos. Il est pourtant de bon ton aujourd’hui d’en faire l’éloge, comme pour se démarquer, comme si être paresseux était la dernière proposition pour contredire le rythme effréné et absurde nous entraînant chaque jour. Effet de mode certainement, après avoir épuisé d’autres arguments ou adopter diverses attitudes qui n’ont chacun rien changé à la donne. Mais laissons la paresse de côté, revenons-en à ce temps que l’on assassine. C’est la seconde qui est visée, celle-là même qui sans relâche pioche dans notre être. On ne peut l’interrompre dans sa sombre tâche, pas même quelques secondes, car ce serait la nourrir un peu plus. La seconde est intouchable parce qu’indifférente à notre état bien qu’elle en use. Elle n’est ni bonne, ni mauvaise, elle est, point à la ligne. Elle ne devient pas, mais nous embarque à devenir. Ainsi, tuer le temps serait lui refuser cet embarquement. Le bateau est toujours à quai, mais l’on reste au port. La seconde est toujours présente, elle ne nous lâche définitivement pas. Elle nous enserre, nous n’y pouvons rien. Mais nous ne lui donnons rien, ou très peu. Pas de joie, pas de peine, ni rire, ni éclat. Tuer le temps, c’est refuser à la seconde son plat quotidien, c’est-à-dire nous-même, bien qu’elle soit attablée. C’est être en retrait, en cherchant à rester soi pour ne pas être plus tard celui que l’on n’est pas encore. Ce n’est pas passé sur la table, mais en dessous. Discrètement peut-être. Sans bruit, certainement. Tuer le temps, c’est déshabiller la seconde de toute existence pour qu’elle ne soit plus qu’un intervalle, une durée objective. On penserait volontiers la chose aisée. Il suffirait de ne rien faire, d’attendre que la seconde passe, que même si elle coule, notre main soit insensible à son flot continu. Cependant, ne rien faire est toujours quelque chose. Et là où la seconde est infernale même si elle ne veut rien, c’est qu’il en faut beaucoup, de secondes, pour tuer le temps.

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rando-view 02/05/2013 07:13

N'est-ce pas le temps qui nous tue ?

danièle dossot 22/02/2013 19:51

"Je chante pour passer le temps,
Petit, qu'il me reste de vivre",..distillons, distillons.. et ne tuons pas les secondes; pas de pendaisons aux aiguilles verticales!

"Le Fou du Christ" 22/02/2013 12:41

« Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
30 Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule… et nous passons ! »
Alphonse De Lamartine
Présenté par "Le Fou du Christ"
Je prie…donc je vis…
sur La Terre Sainte du Liban Eternel,
avec La Grâce du Dieu Tout-Puissant!!!