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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le doute de soi est un naufrage salutaire

Douter de soi n'est pas le malaise qu'il faut fuir résolument. Que l'être soit une bastille assaillie de questions insistantes, que chaque interrogation sur soi demeure sans réponse un certain temps, voilà qui détruit bien plus sûrement les habitudes qu'une remise en cause volontaire. La question a une force que ne possède pas la décision. Cette dernière nous appartient, et c'est cette appartenance qui l'affaiblit. On peut décider demain le contraire de ce que l'on affirme aujourd'hui. Les habitudes sont au centre de ce renversement. Elles sont également d'un poids suffisant pour forger l'opinion que l'on a de soi, laquelle en retour cristallise cette pesanteur quotidienne en des traits de caractère qui plus tard sont reconnus, avec erreur, naturels. Les habitudes ne nous appartiennent pas et pourtant nous les faisons nôtres. Puis un jour, emporté par un quelconque sentiment d'aventure, on décide de briser ce circuit édifiant. Cette résolution, que l'on croit volontiers courageuse, voire sage, est avant tout illusoire. Elle laisserait à penser qu'il suffit de décréter la maîtrise de soi pour se transformer en un autre. Quelle prétention ! On ne fait qu'assoir un peu plus dans notre être cette entité que l'on nomme personnalité et dont nous ne sommes pas le héros. La contradiction en effet est bien plus une reconnaissance de la chose contredite que son élimination. Par contre, la question, elle, est capable de tout balayer sur son passage, tel un vent violent et colérique refusant tout obstacle. La tempête perdurant, elle prend alors la forme du doute. Le doute est une question qui dure, tout autant qu'un point d'arrêt dans un déroulement rectiligne. Les habitudes s'en trouvent alors contrariées jusqu'à ce qu'une gêne s'installe et nous fasse vaciller. Beaucoup diront qu'il s'agit d'un mal-être dont il faut se débarrasser au plus vite pour retrouver le confort d'une routine indolente. Préférons-lui l'inconnu en échouant sur un rivage inexploré qui appelle de nouvelles contrées. Le doute de soi est un naufrage salutaire.

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