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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Jouer à se faire peur pour se sentir plus que l'on est

Jouer-a-se-faire-peur.jpgPourquoi aime-t-on jouer à se faire peur ? Qu’est-ce qui motive le fait de se mettre en risque ? Jusqu’où d’ailleurs va-t-on en pratiquant ainsi ? Nous dirons que s’agissant d’un jeu, la situation dans laquelle on se trouve a l’apparence d’un péril encouru, mais que l’on s’y prête volontairement en sachant pertinemment qu’il ne s’agit que d’une apparence. En d’autres termes, on se joue une comédie, celle de prendre un risque engageant sa personne tout en ayant l’assurance que notre vie n’est pas en jeu. Il n’y a donc rien de sincère à se faire peur, on le sait car sinon nous ne le ferions pas, et pourtant la manœuvre procure de la joie. Voilà donc un paradoxe qu’un bien-être assis sur ce qui n’existe pas. On ne sent pas ordinairement bien par défaut, tout au plus ne va-t-on pas plus mal. Mais d’ailleurs, ne découle-t-il pas de circonstances réellement dangereuses un sentiment contradictoire, celui de se sentir plus vivant que jamais ? Difficile d’en témoigner sans n’avoir vécu un évènement durant lequel la mort s’installe, et pour cela le récit qu’en font ceux qui se trouvèrent face à l’abîme est précieux. Citons par exemple Erich Maria Remarque qui, au travers de son roman A l’Ouest rien de nouveau, nous fait part de son expérience de la Première guerre mondiale en tant que soldat volontaire malgré lui, engagé sur le front. L’auteur y décrit la façon dont ils traversèrent, ses compagnons d’armes et lui, les moments pendant lesquels les balles et les bombes ennemies se faisaient plus présentes et pressantes. A plat ventre pour éviter les projectiles, jamais ils ne s’étaient tant accrochés à cette terre qui était à cet instant précis leur dernière voie de salut, comme l’embrassant pour se maintenir en vie et sentir dans le même temps cette dernière comme jamais. Ainsi, la mort devenue imminente, l’étant semble s’exprimer, ou se ressentir intensément, dans une sorte de dernier baroud d’honneur de l’existence. Jouer à se faire peur serait alors d’éprouver un peu plus que l’on est, mais pour un instant seulement, cet instantané étant le prix à payer pour s’assurer qu’après l’on restera.

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