Mardi 29 juin 2 29 /06 /Juin 16:05

Guerir-la-melancolie.jpgA propos de la tristesse, Alain relate dans le texte Marie triste, extrait des Propos sur le bonheur, le cas pathologique d’une fille dénommée Marie et suivie par un professeur de psychologie. Cette personne était aussi joyeuse une semaine donnée, qu’elle était triste la semaine suivante, et ce systématiquement, « avec la régularité d’une horloge ». Elle pouvait interprétée un même évènement de façon diamétralement opposé selon qu’il se situait dans une période de profonde tristesse ou de joie inébranlable. Il est vrai qu’un fait est triste ou ne l’est pas selon la représentation qui en est faite, ou comme nous dit Alain, « tout évènement a deux aspects, toujours accablant si l’on veut, toujours réconfortant et consolant si l’on veut ; et l’effort qu’on fait pour être heureux n’est jamais perdu ». Le bonheur ainsi n’est pas à découvrir dans des faits ou dans des choses, comme si il y était contenu ; il est secondaire, en considérant qu’il est le produit d’une représentation du réel, un état qui se superpose à l’existant. Il est en de même pour son contraire, le malheur, et Alain prévient que « Ces maux d’imagination sont sans remède, en ce sens que les meilleurs évènements sourient en vain à l’homme malheureux ». Et il ajoute qu’il y a « […] plus de volonté qu’on ne croit dans le bonheur ». Pour autant, le scientifique peut ne pas se satisfaire de cette explication et chercher une loi derrière un état cyclique d’abattement. C’est ce qui fît le psychologue en charge de la jeune fille en question, et ainsi il énonça un lien de causalité entre la tristesse de sa patiente et le niveau des globules compris dans son sang. Pour lui, la messe était dite : la dépression chronique était physiologique. Toute entreprise psychologique ne servirait à rien, argument repris d’ailleurs par un ami d’Alain, lequel nous retrace le contenu d’un entretien qu’il a eu avec lui : « Quoi de plus clair ? Nous n’y pouvons rien. Je ne puis me donner des globules par réflexion. Ainsi toute philosophie est vaine. Ce grand univers nous apportera la joie ou la tristesse selon ses lois, comme l’hiver et l’été, comme la pluie et le soleil. Mon désir d’être heureux ne compte pas plus que mon désir de promenade ; je ne fais pas la pluie sur cette vallée ; je ne fais pas la mélancolie en moi ; je la subis, et je sais que je la subis ; belle consolation ! ». Alain rétorque pourtant que tout cela n’est pas si simple. Mais au fond, peu importe la méthode. En considérant la mélancolie comme un état corporel, on « […] repousse la tristesse dans le corps, où elle n’est plus que fatigue ou maladie, sans aucun ornement […] ». On évite ainsi de l’entretenir en la pensant et en y ajoutant « […] des jugements sévères, des prédictions sinistres, des souvenirs noirs […] ». C’est ainsi une première voie vers la guérison.

Par Jefka - Publié dans : ETUDES ET CITATIONS - Communauté : La commune des philosophes
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