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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Petit cours de philosophie - Chapitre VIII - La science et la philosophie, toutes deux éprises de vérité

Science-et-philosophie.jpgScience et philosophie sont-elles si différentes qu’elles peuvent se passer l’une de l’autre ? La science qui s’appuie sur la preuve se détourne-t-elle systématiquement de toute démarche philosophique parce que le contenu de celle-ci n’est pas expérimentable ? Ou à l’inverse, sont-ce deux activités de l’esprit qui se complètent, ce qui rendrait inopportun toute entreprise visant à  les opposer ? Et si relation il y a entre elles, quelle en est la nature ?

Chercher une réponse à ces questions suppose dans un premier temps de définir ce qu’est la science, mais également ses enjeux, et sur la base de cette définition, identifier si oui ou non la philosophie peut par exemple aider la science, et si enfin il existe entre ces matières des points de convergence.


C’est quoi la science ?


La science est tout à la fois une démarche et un résultat assis sur un programme visant une représentation objective du réel. Ainsi, le scientifique s’engage dans un travail de recherche avec pour ligne d’horizon la découverte de la vérité, laquelle n’est pas unique mais polymorphe compte tenu de la diversité du monde et des rapports entre les êtres vivants. Il a donc fallu que la science se spécialise pour saisir toutes les subtilités d’une existence dont la variété n’est pas limitée. La science s’est répartie en plusieurs matières, dont le nombre s’est agrandi au fur et mesure des découverts réalisées. Cette subdivision croissante relève de deux fondamentaux qui déterminent un peu plus ce qu’est la science. Premièrement, la science avance, elle suit un sens historique qui s’étire vers l’idée de progrès. Le second point découle du premier, c'est-à-dire que le flux progressif ne se tarit pas à la condition de conserver tout ce qui précédemment l’a alimenté. Cette conservation pérennise le savoir, dont la diffusion est aujourd’hui de plus en plus élargie et rapide compte tenu des nouveaux moyens de communication.

Le savoir est ainsi le résultat de la science, tout comme l’objectivation du réel est sa démarche. L’accumulation du savoir contribua également à la catégorisation de la science, qui s’établit à ce jour sous trois formes, à savoir les sciences de la nature en charge de la compréhension des phénomènes naturels, les sciences humaines qui traitent des relations entre les individus et de leur rapport au monde, passées et présentes, et enfin les sciences dites eidétiques car exclusivement orientées sur l’essence des choses, manipulant des abstractions, des idées, comme les mathématiques par exemple. Par contre, les sciences de la nature et les sciences humaines s’occupent des faits, qu’ils soient d’ordre physiques, biologiques, sociologiques ou encore historiques. Même si ces trois catégories ont un objectif identique, elles ont chacune leurs spécificités, y compris pour chaque matière qui les compose. Ce point est un élément important à intégrer dans toute démarche s’interrogeant sur la façon dont les découvertes se sont faites, laquelle est nécessaire pour conforter la validité des résultats scientifiques obtenus. Il s’agit en effet de conforter le caractère d’objectivité dont la science se prévaut pour chaque avancée. Cela permet également de distinguer d’éventuelle faiblesse d’une approche scientifique ey qui nécessitent des corrections. Cette étude de la méthode scientifique correspond à l’épistémologie et elle appartient à la réflexion philosophique qui se consacre à répondre à l’une des trois questions essentielles posées par Kant : que puis-je connaître ? Cette interrogation est ainsi un trait d’union entre la science et la philosophie. L’épistémologie se présente donc comme une assistante du travail scientifique dans sa volonté d’être exempt de toute subjectivité. Est-ce pour autant que la science échappe à toute interprétation personnelle ? N’oublions pas que ce sont des hommes qui font la science et que chacun est la conséquence d’un parcours individuel, soumis à des besoins qui l’animent personnellement, dont celui d’employer sa vie entière à l’exercice scientifique. Le savant est-il alors quelqu’un de totalement désintéressé concernant son activité ? Dans l’absolu non. L’homme de science, même si son travail peut avoir une portée générale, s’applique chaque jour à comprendre, à trouver des explications qui avant tout le nourrissent, lui. Il éprouve d’ailleurs une satisfaction lorsque, ce qui pour lui était encore auparavant inconnu, se dévoile, se découvre pour devenir une chose connue, un résultat. La recherche en effet s’interrompt dès lors que l’incompréhensible ne l’est plus, ce qui permet de réduire d’autant l’absurde et l’angoisse que dégage une donnée ou un fait inexpliqué. Il s’agit là d’une autre source de satisfaction plus existentielle.

La science n’exclut donc pas tout caractère intéressé de la part de ceux qui la pratique, mais ce constat n’est pas simplement applicable de façon individuelle. Chose plus évidente, la science intéresse bien-sûr l’humain dans sa globalité. En effet, la science vise à distinguer la cause de chaque phénomène observé, à déterminer des liens de causalité dans la nature. Une fois ces liens identifiés et expérimentés, il est possible de les reproduire en réunissant toutes les conditions nécessaires. Cette reproduction caractérise le transfert de la science vers la technique. Celle-ci est ce qui concrètement permet à l’homme de maîtriser un peu plus la nature, de le libérer de la contrainte physique en appliquant des lois mécaniques, de le sécuriser un peu mieux vis-à-vis d’un environnement naturel parfois hostile. La science intéresse l’homme dans ce qu’elle lui promet pour réduire la pénibilité. Mais cet intérêt dépasse quelque fois la perspective d’un confort garanti. Certains entrevoient dans la science la possibilité de traduire dans les faits leur volonté de puissance, soit vis-à-vis de la nature en prenant le risque de ne plus la respecter, soit à l’encontre d’autres hommes et auquel cas l’humanité court un danger. La science peut en effet conduire à la barbarie lorsqu’elle est au service de quelques uns qui ne voit en elle qu’un moyen d’asservissement. A ce titre, considérer la science exclusivement comme un outil, que ce soit ou non dans un esprit de domination, n’est-ce pas là une conception réductrice en contradiction avec le génie scientifique qui est capable d’investir des domaines dépassant de loin toute préoccupation matérielle ou utilitariste ? La science n’a-t-elle pas besoin d’un appui pour être reconnue et pratiquée à sa juste valeur, c'est-à-dire comme une activité de l’esprit en mesure d’échapper à une technique par trop impérieuse ? La philosophie ne serait-elle pas dans ce sens une aide pour la science ?


La philosophie comme aide de la science


La philosophie n’est pas une science à proprement parler, même si elle est couramment classée parmi les sciences humaines. Elle ne l’est pas parce qu’elle traite du sujet, soit l’être et son rapport au monde, et ce dans sa totalité, contrairement à la démarche scientifique qui se concentre sur un objet précis, qu’il soit vivant ou non. Karl Jaspers, dans son Introduction à la philosophie, la définit notamment de façon suivante : « …elle tend à apercevoir la réalité originelle ; à saisir la réalité par la manière dont je me comporte envers moi-même quand je pense et par mon activité intérieure ; à ouvrir notre être aux profondeurs de l’englobant ;…La philosophie est ce qui ramène au centre où l’homme devient lui-même en s’insérant dans la réalité. ». Ce dernier point présenté par Jaspers est ce que la philosophie peut offrir de mieux à la science. Le scientifique a en effet besoin de reconsidérer son travail selon une vision totalisante. Il s’agit pour l’homme de science de se poser la question du pourquoi de sa démarche à l’échelle du monde tout entier. Le scientifique ne doit pas s’exempter d’une prise de conscience quant à son engagement, ce qui implique également un retour sur soi, ceci lui permettant de valider toute la pertinence de ses travaux et de donner du sens à ses recherches. Autrement dit, l’objectivation du réel qui anime la science requiert lucidité, soit d’être en mesure de saisir l’existant sous toutes ses formes, et impartialité, ce qui suppose pour le scientifique d’être capable de faire son autocritique. Et la philosophie permet de répondre à ces deux exigences. Elle présente d’ailleurs des points de convergence avec la science qui sont autant de passerelles entre le savant et le philosophe.


Les points de convergence entre la science et la philosophie


La critique est une instance tout aussi mobilisatrice chez le scientifique qu’elle l’est chez le philosophe. Le savant n’accepte pas ce qui semble être évident sans épreuve. La science, comme la philosophie, rejette l’opinion, et toutes deux usent du doute pour s’en préserver. Ensuite, le champ d’investigation de la science et de la philosophie est le même, soit le réel. Compte tenu de son immensité et de sa multiplicité, le savant, tout comme le philosophe, doit faire preuve d’humilité pour se mettre à bonne distance de l’espace étudié. La vanité par exemple trouble le regard et empêche ainsi une observation de qualité, corrompt également l’esprit et nuit donc à l’impartialité indispensable à toute analyse philosophique. La science et la philosophie pratiquée justement apprennent l’indépendance du jugement et entretiennent la liberté de pensée. La science et la philosophie façonnent l’intégrité intellectuelle, laquelle est une vertu représentative de l’humanité. Enfin, le dernier point de convergence essentiel entre l’homme de science et le philosophe est que tous deux sont épris de vérité, comme l’artiste d’ailleurs. Ils se rejoignent dans le même amour de la connaissance et ne peuvent donc aucunement s’ignorer.

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alessandro pendesini 10/01/2013 17:47

@Jean-François
J’ignore ce que veut dire « absolu » ; par contre je pense pouvoir comprendre ce que veut dire « réalité ». Elle existe, cela ne fait aucun doute, mais la structure actuelle de notre encéphale
n’est pas capable de la décrire ! Notre cerveau a évolué non pas pour définir la « réalité » ou le réel, mais pour échapper -il y a environ 2 millions d’années- à des prédateurs redoutables tels
que les tigres….
P.S. La nature de notre cerveau n’est pas « instructionniste » mais « sélectionniste »….
Si la grande vallée du Rift n’avait pas, il y a environ sept millions d’années, fendu l’Afrique orientale du nord au sud par une entaille qui séparait la savane de la forêt, nos ancêtres primates
pourraient encore se trouver juchés dans leurs arbres, parfaitement satisfaits de leur cerveau de 350cm³…… Bien à vous

alessandro pendesini 30/11/2012 18:01

Bonjour
Ne faudrait-il pas essayer de définir l’homme tel qu’il est -de la façon la plus objective possible- et non comme l’on voudrait qu’il soit, souvent décrit comme « créature divine » et….rationnelle
?
La plupart des philosophes posent -à mon humble avis- beaucoup de questions auxquelles donnent peu, trop peu, de réponses ! Et souvent « absolues », teintes de mysticisme et surtout
invérifiables….
La science, plus modeste que certaines idéologies, essaye de connaître le monde de l’infiniment petit à l’infiniment grand avec sa méthodologie rigoureuse, qui démontre à volonté à tous ceux qui le
désirent, le bien fondé de ses découvertes, jamais définitives et encore moins absolues…. Elle évolue du quantitatif au qualitatif, mais elle évolue ! C’est surtout cela l’important…..
Bien à vous

Jefka 08/01/2013 15:06



BOnjour Alessandro


Je partage votre avis à propos du caractère péremptoire, voire idéologique, de certaines pensées qui visent à définir strictement l'homme et la nature humaine. Néanmoins, je n'ai rien contre
la recherche de l'absolu à condition de ne jamais le trouver, car s'arrêter sur ce qu'on pense être absolu conduit je pense, bien souvent, à la certitude, à l'affirmation, jusqu'à la volonté
d'imposer ce que l'on croit être absolu. J'ai toujours préféré être en chemin.


Jean-François