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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Les philosophes - Montaigne - L'incertitude contre la tristesse

Montaigne.jpgMontaigne ne fût pas seulement un auteur qui rédigea les Essais. Sa vie fût bien remplie, entre les voyages qu’il affectionnait particulièrement et ses fonctions politiques en tant que maire de Bordeaux. Ce fût un homme de mouvement dont le désir était de voyager, que ce soit dans l’espace mais également par l’esprit. Son éducation très rigoureuse lui permit de rencontrer les philosophes antiques en tant que praticien du latin qui n’en fût pas moins sa langue maternelle. Cicéron, Lucrèce et bien d’autres l’accompagneront tout au long de son instruction. Celle-ci ne dura d’ailleurs guère longtemps car le jeune homme disposait de grandes facultés d’apprentissage. Très vite il prit son envol et se retrouva à Paris pour y mener une jeunesse frivole. La raison le rattrape et bientôt il s’oriente vers de hautes fonctions politiques. Il sera notamment missionner par Catherine de Médicis puis conseil d’Henri IV, jouant un rôle d’influence quant à la conversion du futur souverain au catholicisme. Montaigne est à la fois un homme de terrain et continuellement aspiré par la réflexion. C’est lorsqu’il perd un ami très précieux qu’il s’engage dans la production d’une œuvre qui sera intitulée Essais. Il s’agit avant tout d’un dialogue entre le défunt et lui-même, de façon ainsi à perpétuer une relation dont la mort s’est chargée.
Les Essais ne porte par sur un sujet mais sur tous les sujets. Il s’agit d’une restitution textuelle des pensées de son auteur. Le mouvement dans le style est très présent, les idées s’entrechoquant les unes aux autres sans qu’il y ait de véritable fil conducteur. Sauf peut-être la démonstration que la connaissance ne peut être une fin en soi car sans cesse elle est remise en cause, d’un instant passé à un autre au gré des fluctuations de la pensée et des évènements. Les certitudes ne sont pas des bastions permanents car elles s’écroulent bien vite par le jeu des contradictions. Montaigne ne construit donc aucun dogme sans s’exonérer toutefois d’un but, celui de saisir la vérité telle qu’elle lui apparaît, sans en faire la démonstration pour la figer en loi. Il ne juge pas ni ne transforme. Il remet en cause, avec comme seul point d’ancrage le caractère ambulatoire de la vie, qui sans cesse évolue et la pensée avec elle. Le savoir ne saurait donc être définitif et imperturbable. Au contraire, le doute est le point d’orgue de tout penseur qui se respecte. Cette démarche peut paraître déstabilisante pour un esprit rationnel et rigoureux, voire angoissante pour celui qui consacre son existence à la réflexion pour se rassasier de sa soif de connaissance. Le génie de Montaigne est de lui faire comprendre qu’il est sur la bonne voie à condition d’avoir conscience que rien n’est définitivement acquis, que toute découverte vouée à la contestation ne le prive pas moins de cheminer vers une direction dynamique qui entretient la force vitale. L’incertitude peut être joyeuse à condition de connaître les insuffisances et faiblesses qui nous caractérisent. Elle cultive la curiosité, accroît la lucidité en acceptant que tout évolue. L’incertitude, contrairement à la tristesse, construit l’homme.

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