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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Les philosophes - Diderot - La philosophie enchanteresse

Diderot.jpgDiderot participa au développement de cet esprit libérateur qui donna au XVIIIe siècle le qualificatif de Lumières. Il y contribua sur le fond mais également sur la forme. Les philosophes à cette époque considéraient l’accroissement de la connaissance comme un vecteur d’émancipation pour l’homme face à l’obscurantisme et une aide pour apprécier la justesse suffisante quant à l’exercice de la morale. Diderot, en tant que chef d’orchestre d’une production littéraire aussi dense et volumineuse que l’Encyclopédie, matérialisa avec cette œuvre cette volonté intellectuelle et généreuse d’éclairer les masses populaires. Pour la première fois, un auteur s’attache en effet à consigner toutes les techniques de l’activité humaine qui n’étaient alors transmises qu’oralement et localement. L’Encyclopédie est également une présentation des progrès accomplis par une partie du genre humain et démontre ainsi que l’homme est animé par une énergie visant l’amélioration de sa condition, à s’affranchir des contraintes de la nature. Le style de Diderot est tout aussi singulier. Il se plaît en effet à enchanter son lecteur en usant volontiers de la métaphore et du merveilleux. Selon lui, la philosophie ne doit pas être une forteresse construite de concepts et de systèmes inaccessibles aux profanes. La raison n’est le privilège de personne mais la propriété de chacun. La pensée ne doit pas être un univers aride jusqu’à devenir un désert où toute conception du vivant ou de l’inconnu s’y égarerait. Diderot préfère au contraire baliser un chemin intellectuel à la disposition de tout promeneur s’hasardant sur des sentiers spirituels qui dernièrement lui étaient encore interdits. Sur le fond, Diderot défend essentiellement deux idées. La première concerne l’athéisme. Contrairement à Voltaire et à Rousseau, il ne croit ni à l’existence d’une entité transcendante, architecte de ce monde qui est le nôtre, ni à la présence d’un quelconque être suprême. L’homme est seul et il se doit d’avoir pleinement conscience de cette solitude pour gagner sa vie. Face à une église qui vit ses dernières heures de toute puissance absolue, ce discours est dissident. Il s’évite cependant de sérieux ennuis en ne publiant pas de son vivant bon nombre de ses réflexions. Diderot est ainsi un auteur qui s’est dévoilé totalement après sa mort, jusqu’à la moitié du XXe siècle. Le deuxième thème que développe Diderot est la conséquence du premier, à savoir la souveraineté de la matière dans la nature. Le philosophe est atomiste. Il conçoit le vivant comme un assemblage temporaire d’atomes, le corps en étant le contenant physique dont l’issue est une dissociation de ce qui le compose une fois la mort venue. Ce corps est donc la condition et la preuve de l’existence, ce qui lui vaut un degré d’importance hautement plus élevé que celui accordé à l’âme. La pensée d’ailleurs n’est possible qu’à condition de saisir ce qui vient de l’extérieur. Toute intelligence et raisonnement s’appuie en amont sur la perception par nos sens de ce qui nous entoure. Et cette lecture sensuelle est rendue possible parce que la matière omniprésente est dotée de sensibilité, ce qui est convenu en ce qui concerne les êtres vivants, mais particulièrement déroutant au sujet des choses inanimées. Diderot suppose en effet que la pierre par exemple, tout comme l’animal, est vivante, mais cette vie est immobile, annihilée. A défaut d’une sensibilité universelle de la nature, donc de la matière car Dieu n’existe pas, il nous serait selon lui impossible de prendre conscience de ce qui nous entoure. Diderot dépasse même tout enfermement matérialiste en ce qui concerne l’éthique et l’esthétique. En effet, quel sens donné à la morale ou à toute définition de la beauté si tout est à considérer comme un amas de particules. Diderot répond simplement que la nature n’est pas que sensible, elle régit également les relations entre les choses et les êtres qui la constituent, tout en s’offrant en spectacle à celui ou celle qui se donne le temps de la contempler.

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