Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 16:57

Destin-avenir.jpgL’idée que l’on peut se faire de l’avenir est celle d’un chemin tout tracé, sur lequel nous serions chacun emporté et qui nous serait impossible de quitter. C’est ce que l’on appelle le destin. Quoique nous fassions, au-delà de nos passions et de nos positions raisonnables, de nos vices et vertus, nous filerions droit vers ce qui nous attend, sans savoir pour autant ce qui se trouve au bout de la route. Alain, dans le texte Notre avenir, extrait des Propos sur le bonheur, contredit cette proposition. Il la considère d’ailleurs accablante : « Tant que l’on a pas bien compris la liaison de toutes choses et l’enchainement des causes et des effets, on est accablé par l’avenir. Un rêve ou la parole d’un sorcier tuent nos espérances ; le présage est dans toutes les avenues ». Alain nous explique que le fatalisme, soit la production irrémédiable d’un effet quelles que soient les causes, va à l’encontre de tout sens scientifique et qu’ainsi aucun crédit ne peut être accordé à cette vision de la vie : « L’idée qui sort de ces contes, c’est la prédestination que des théologiens mirent plus tard en doctrine ; et cela s’exprime ainsi : la destinée de chacun est fixée quoi qu’il fasse. Ce qui n’est point scientifique du tout ; car ce fatalisme revient à dire : « Quelles que soient les causes, le même effet en résultera. » Or, nous savons que si la cause est autre, l’effet sera autre ». La fatalité serait donc bien plus une question de croyance, reprise aisément par la théologie. Même si la démonstration d’Alain est simple quant au primat du lien de causalité sur tout le reste, la destinée reste pourtant une pensée tenace dans l’esprit de beaucoup. Le philosophe distingue deux raisons à cet entêtement. La première renvoie à une peur liée à la prédiction d’un malheur qui nous attend, cette peur focalisant toute notre énergie, notre façon d’être, jusqu’à ce que nous nous conduisions imprudemment, comme si l’infortune prédite nous attirait comme un aimant : « D’abord la peur nous jette souvent dans le malheur que nous attendons. Si l’on m’a prédit que je serais écrasé par une automobile, et si l’idée m’en vient au mauvais moment, c’est assez pour que je n’agisse pas comme il faudrait ; car l’idée qui m’est utile à ce moment-là, c’est l’idée que je vais me sauver, d’où l’action suit immédiatement ; au contraire, l’idée que je vais y rester me paralyse par le même mécanisme ». Le second prétexte favorisant le fatalisme est nourri par la perception de soi. Autrement dit, j’estime être de tel caractère, et je ne puis échapper aux traits qui me caractérisent ainsi. Je suis fais ainsi, et rien ne peut m’empêcher de faire les choses comme le commande ce que je suis. Là-aussi, Alain comprend difficilement cette perspective, qu’il qualifie de sort jeté à nous-mêmes. C’est aussi et surtout une façon de se refuser la liberté qui nous appartient, celle qui fait du futur un avenir et non un destin.

Par Jefka - Publié dans : ETUDES ET CITATIONS - Communauté : La commune des philosophes
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