Partager l'article ! Le chaos comme représentation du monde selon Nietzsche, et la volonté de puissance - Entretien de Luc Ferry: Une fois posées les conditions d ...
Une fois posées les conditions d’une nouvelle méthode d’interprétation du monde, soit la généalogie, Nietzsche livre sa
vision du réel : « Et savez-vous bien ce qu’est le monde pour moi ? Voulez-vous que je vous le montre dans un miroir ? Ce monde : un monstre de force, sans
commencement ni fin ; une somme fixe de force, dure comme l’airain, qui n’augmente ni ne diminue, qui ne s’use pas mais se transforme, dont la totalité est une grandeur invariable, une
économie où il n’y a ni dépenses ni pertes ; mais pas d’accroissement non plus ni de recette… ». (Par-delà le bien
et le mal – Nietzsche).
Selon cette détermination du réel, Nietzsche s’oppose à l’ordre cosmique porté par la philosophie antique. Il propose une représentation chaotique du monde, lequel serait un tissu de forces sans
ordre intrinsèque, ni possibilité d’ordonnancement par une voie extérieure. Il ne partage donc pas non plus l’idée kantienne d’user de la raison pour donner du sens aux
choses : « Mais je pense que nous sommes aujourd’hui éloignés tout au moins de cette ridicule immodestie de décréter à partir de notre angle que seules seraient valables les
perspectives à partir de cet angle. Le monde au contraire nous est redevenu « infini » une fois de plus : pour autant que nous ne saurions ignorer la possibilité qu’il renferme une
infinité d’interprétations. Une fois encore le grand frisson nous saisit : mais qui donc aurait envie de diviniser, reprenant aussitôt cette ancienne habitude, ce monstre de monde
inconnu ? Hélas, il est tant de possibilités non divines d’interprétation inscrites dans cet inconnu, trop de diableries, de sottises, de folles d’interprétation, notre propre nature
humaine, trop humaine interprétation, que nous connaissons… ». (Le Gai Savoir - $374 –
Nietzsche).
Que reste-t-il alors de ce monde où rien n’a de sens, et quelle place l’homme peut-il y occuper ? La vie répond Nietzsche, et avec elle la volonté de puissance. Cette dernière n’est pas le
désir de pouvoir, de subordination, ni de possession de l’autre. La volonté de puissance est le souhait d’exister et nous vivons grâce à la volonté, car sans elle nous n’avancerions pas, alors
que la vie est un mouvement vers l’avant. La volonté de puissance est la volonté de volonté, elle se veut elle-même. Elle est ainsi une force parmi les forces, que l’homme porte en elle, lui
permettant de se définir un cap dans un monde sans but. Sur cette base, après avoir réduit le réel à un jeu de forces irréductibles et chaotiques, le génie de Nietzsche fût de bâtir une nouvelle
morale, par-delà le bien et le mal.
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