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La vérité des œuvres n’est pas la conformité d’une pensée avec la réalité qui lui est extérieure, mais plutôt un accord entre cette pensée
et la réalité produite par l’œuvre. L’art, la technique, sont ainsi indépendants de la science strictement sur le plan de la vérité. Pour autant, cet accord entre idée et réalisation, est
suffisant pour ce qui est d’un savoir-faire. Mais à propos de l’art, peut-on l’identifier simplement comme une production conforme à l’idée que s’en ai faite son auteur ? Alain nous
renseigne à ce propos, dans le Système des Beaux-Arts. Il nous explique que l’idée et l’œuvre ne se succèdent pas, mais s’entremêlent, contrairement à l’artisanat, ou à l’industrie qui
selon ses termes n’est qu’un artisanat de masse rationnalisée : « Toutes les fois que l’idée précède et règle l’exécution, c’est l’industrie. ». L’artiste
n’aurait donc aucune idée de l’œuvre qu’il s’apprête à réaliser, cette idée étant confondue avec l’œuvre elle-même. L’artiste découvre son art en même temps qu’il le fait. Il devient le premier
spectateur de sa production artistique. En même temps qu’il se saisit de la matière pour la transformer, il donne esprit pour que cette transformation soit plus qu’une fabrication, plus qu’une
industrie : une œuvre. Il existe ainsi un entre-deux, entre fabrication et œuvre, où se loge le génie, mais c’est le génie d’une œuvre, singulier. Ce génie n’existe qu’une fois l’œuvre
accomplie et il la concerne, elle seule. Que celle-ci ne voit jamais le jour, point de génie. L’artiste aura perdu son temps, mais aussi son statut car la matière, au-delà de la forme, sera
restée ce qu’elle est, sans esprit. C’est aussi pour cette raison que l’art n’est pas mathématisable, parce qu’il est inséparable de l’œuvre. Pas plus que l’art n’est véritable comme peut l’être
la science. La vérité d’une œuvre ne s’appuie pas sur un rapport entre pensée et objet. L’art est vrai lorsqu’il est une rencontre toujours admise comme celle d’un spectateur et d’un artiste,
avec au centre une œuvre nécessairement reconnue comme artistique, quelque soit le regard qui se pose sur elle, qu’il s’agisse du spectateur mais aussi de l’artiste lui-même.
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